Riz : les stocks malgaches posent la question de la sécurité alimentaire de La Réunion et du co-développement

Madagascar : 5000000 tonnes de riz à vendre dans la région d’Alaotra-Mangoro

18 septembre, par Manuel Marchal

Selon « Midi Madagasikara » du 17 septembre 2026, 500 000 tonnes de riz restent en stock dans la région d’Alaotra-Mangoro à Madagascar, faute de débouchés, alors que le pays importe du riz pour satisfaire sa consommation. Cette situation doit interpeller La Réunion, totalement dépendante de lointaines importations pour son aliment de base. Acheter une partie de cette production et investir dans la riziculture malgache ouvrirait la voie à une coopération gagnant-gagnant : sécuriser l’approvisionnement réunionnais tout en renforçant la souveraineté alimentaire de Madagascar et améliorer l’image des Réunionnais à Madagascar, image ternie par les comportements inacceptables de compatriotes disposant chez nos voisins d’un pouvoir d’achat artificiellement élevé grâce à l’argent de la France.

À Madagascar, la situation de la filière rizicole interpelle. Selon « Midi Madagasikara » du 17 septembre 2026, de nombreux producteurs de la région Alaotra-Mangoro peinent à écouler leur récolte, alors même que le pays doit recourir aux importations pour répondre à la demande de sa population. La concurrence du riz importé dans les grandes villes contribue à cette situation.
La campagne de collecte a débuté le 4 mai 2026. Pourtant, moins de 10 % de la production d’Alaotra-Mangoro auraient été commercialisés vers les autres régions. Il resterait environ 500 000 tonnes de paddy, correspondant à près de 300 000 tonnes de riz blanc, à évacuer. Pour les producteurs, l’État devrait proposer 1500 ariary le kilo, soit environ un euro, comme prix incitatif pour vendre à la société d’État SPM (State Procurement of Madagascar) qui pourrait acheter le stock.

Plusieurs fois la consommation annuelle des Réunionnais

Logiquement, cette situation devrait susciter une réflexion à La Réunion. Ces 300 000 tonnes de riz blanc représentent plusieurs années de consommation réunionnaise et montrent surtout l’existence, à proximité immédiate de notre pays, d’une importante capacité de production agricole.
Or La Réunion est aujourd’hui totalement dépendante des importations pour son aliment de base. Le riz consommé dans notre pays vient principalement d’Asie, notamment de Thaïlande et du Pakistan, mais aussi d’Europe. Il parcourt des milliers de kilomètres avant d’arriver dans les rayons de la grande distribution.

Dépendance causée par la mentalité du colonisé réunionnais

Cette dépendance n’a rien de naturel. Le riz a progressivement remplacé le manioc et le maïs comme aliment de base des Réunionnais. Ces deux cultures peuvent pourtant être produites localement. Dans la société coloniale, le riz était associé à l’alimentation de la classe dominante, tandis que le manioc et le maïs constituaient une part importante de l’alimentation des classes dominées, les pauvres. Les descendants des esclaves et des petits blancs déclassés par l’abolition de l’esclavage ont adopté l’alimentation de la classe dominante, Manioc et maïs dont devenus marginaux alors qu’à la différence du riz, ils sont cultivés à La Réunion. Pousser le pauvre à imiter le riche est un des piliers de la colonisation. L’évolution des habitudes alimentaires découle de la mentalité imposée par la colonisation.

Anticiper le risque d’une rupture de l’approvisionnement de La Réunion

Aujourd’hui, cette évolution a une conséquence économique majeure : La Réunion importe son aliment de base depuis l’autre bout du monde alors que Madagascar, à quelques centaines de kilomètres, dispose de stocks considérables.
La situation internationale rappelle l’absurdité de ce système. Les tensions et les conflits au Moyen-Orient causés par Israël et les USA perturbent les routes maritimes et peuvent renchérir les coûts du transport. L’histoire de La Réunion a déjà montré les conséquences dramatiques d’un isolement des routes commerciales. Comme pendant la 2e guerre mondiale quand la bourgeoisie créole choisit de se rallier à l’extrême droite au pouvoir en France, causant un blocus de La Réunion par les forces anti-fascistes et provoquant la famine dans notre pays touchant les pauvres, la majorité de la population. De nombreux morts à cause du soutien d’une riche minorité d’autochtones à l’extrême droite française qui était et est toujours raciste et contre toute égalité sociale.

Les Réunionnais doivent s’organiser

Les 500 000 tonnes de paddy stockées à Alaotra-Mangoro posent donc une question concrète : pourquoi des acteurs réunionnais ne chercheraient-ils pas à organiser l’achat d’une partie de cette production ? Ils pourraient proposer aux producteurs un prix supérieur à un euro le kilo, tout en construisant une relation commerciale durable.

Changement des mentalités et co-développement

Une telle démarche pourrait dépasser le simple commerce. La Réunion pourrait contribuer, avec des partenaires malgaches, à développer les rendements, les infrastructures de stockage, la transformation et les transports. Madagascar renforcerait ainsi sa production et ses revenus agricoles, tandis que La Réunion sécuriserait une partie de son approvisionnement.
L’objectif ne serait pas de vider Madagascar de sa production pour satisfaire les besoins réunionnais, mais de construire un partenariat de co-développement : Madagascar d’abord autosuffisant pour son alimentation, puis capable d’exporter une partie de ses surplus vers les pays voisins.
Une telle coopération contribuerait aussi à changer les rapports entre les deux peuples. Elle permettrait aux Réunionnais de ne plus avoir principalement l’image d’étrangers disposant d’un pouvoir d’achat artificiellement élevé grâce à l’argent de la France, mais de devenir des partenaires économiques contribuant directement au développement de leur environnement régional.
Sécuriser l’alimentation de La Réunion tout en renforçant la souveraineté alimentaire de Madagascar : le riz pourrait être l’un des premiers terrains d’une véritable co-développement entre nos deux pays.

M.M.

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