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Nouvelle Politique agricole et de souveraineté alimentaire 2026-2040
2 juillet, par

Madagascar engage une profonde transformation de son agriculture avec une stratégie qui vise la souveraineté alimentaire, la création de 500 000 emplois et le doublement de sa production de riz d’ici 2030. Pour La Réunion, cette ambition ouvre une opportunité majeure : bâtir un partenariat régional fondé sur le partage des savoir-faire, la sécurité alimentaire et un approvisionnement de proximité, au bénéfice des consommateurs comme des producteurs des deux îles.
Le gouvernement malgache a dévoilé sa nouvelle Politique agricole et de souveraineté alimentaire 2026-2040, un programme stratégique qui ambitionne de faire de l’agriculture le principal levier de développement économique du pays au cours des quinze prochaines années. À travers cette feuille de route, les autorités entendent réduire la dépendance de Madagascar aux importations alimentaires, accroître la production nationale et améliorer durablement les conditions de vie des exploitants agricoles.
Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire affiche des objectifs particulièrement ambitieux. La production de riz, aliment de base de la population, devrait notamment être multipliée par deux pour dépasser les 11 millions de tonnes à l’horizon 2030. D’autres cultures vivrières, telles que le maïs, le manioc, la patate douce et le sorgho, feront également l’objet d’un soutien renforcé afin de consolider la sécurité alimentaire du pays et de répondre à la demande croissante.
Au-delà de la production agricole, l’État souhaite développer davantage la transformation locale des matières premières afin de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire. Les filières du sucre, du coton et de la banane figurent parmi les secteurs prioritaires de cette stratégie. Le gouvernement espère ainsi générer près de 500 000 emplois et porter les recettes issues des exportations agricoles à environ 800 millions de dollars.
La décision du gouvernement malgache de lancer sa Politique agricole et de souveraineté alimentaire 2026-2040 est bien plus qu’une réforme nationale. C’est une occasion historique de bâtir un véritable partenariat entre Madagascar et La Réunion, deux territoires voisins dont les intérêts sont plus complémentaires qu’ils ne le paraissent.
Madagascar veut faire de l’agriculture le moteur de son développement. L’objectif est ambitieux : doubler la production de riz, renforcer les cultures vivrières, développer les filières de transformation et créer des centaines de milliers d’emplois. Cette stratégie mérite d’être accompagnée. Et La Réunion a toute sa place dans cette aventure.
Notre île dispose de compétences reconnues en matière d’agriculture tropicale. Les centres de recherche, les lycées agricoles, les organismes de formation et les entreprises spécialisées possèdent un savoir-faire qui pourrait contribuer à la modernisation de l’agriculture malgache. Transfert de technologies, irrigation, mécanisation, amélioration des semences, formation des techniciens et des exploitants : autant de domaines dans lesquels une coopération régionale serait bénéfique aux deux territoires.
La Réunion dépend aujourd’hui à 100 % des importations pour son approvisionnement en riz, aliment de base de la population. Celui-ci provient principalement de Thaïlande, d’Inde, du Pakistan ou d’Europe. Le coût de production du riz à La Réunion est trop élevé et réserve ce produit aux touristes et à la classe privilégiée. Cette dépendance aux importations lointaines nous expose aux fluctuations des prix mondiaux, aux tensions géopolitiques et aux ruptures de la chaîne logistique.
Si Madagascar atteint son objectif de produire plus de 11 millions de tonnes de riz d’ici 2030, pourquoi ne pas faire de notre voisin le principal fournisseur de La Réunion ? Acheter notre riz à Madagascar réduirait les distances de transport, sécuriserait notre approvisionnement et pourrait contribuer à une baisse des prix pour les consommateurs réunionnais et une hausse des revenus des producteurs malgaches.
Une telle orientation permettrait également d’introduire davantage de concurrence dans un marché largement contrôlé par quelques grands groupes d’importation et de distribution. Diversifier les origines d’approvisionnement, c’est renforcer notre résilience alimentaire tout en donnant une chance à une économie régionale de se développer.
L’accord de partenariat économique conclu entre l’Union européenne et plusieurs pays de l’océan Indien organisent une concurrence qui fragilise les productions locales et favorise les délocalisations des derniers emplois productifs réunionnais. Cette logique de mise en compétition permanente n’est pas une fatalité.
Une autre voie est possible : celle du co-développement. Plutôt que de subir une concurrence destructrice pour l’emploi productif, La Réunion peut devenir un partenaire stratégique de Madagascar. Nous pouvons exporter de la connaissance, de la recherche, de la formation et de l’innovation, tout en important des productions agricoles répondant à nos besoins alimentaires.
La souveraineté alimentaire ne se construit pas chacun dans son coin. Elle se bâtit aussi à l’échelle régionale, entre voisins qui choisissent de travailler ensemble plutôt que de se concurrencer.
Madagascar tend la main en investissant massivement dans son agriculture. La Réunion aurait tout intérêt à la saisir. Ce partenariat serait non seulement un choix économique pertinent, mais aussi un projet politique pour construire une région plus solidaire.
M.M.
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