Paul Vergès : Penseur et homme d’action
1er septembre, parPaul Vergès : 2016-2026
La forte croissance démographique de nos voisins ouvre des perspectives pour lutter contre la pénurie d’emplois dans notre pays
27 janvier, par

Pendant que le chômage enferme les jeunes Réunionnais dans l’assistance, Madagascar connaît une croissance démographique qui peut devenir une chance. Coopération agricole, éducative et mobilité régionale offrent une alternative concrète au chômage à La Réunion, à la précarité et à la stigmatisation en France.
À La Réunion, le chômage des jeunes reste massif, structurel, et trop souvent traité par l’assistance plutôt que par l’émancipation. RSA, petits boulots informels, survie au jour le jour : pour des milliers de jeunes, l’horizon se limite à la dépendance, faute de perspectives réelles. Pourtant, à quelques centaines de kilomètres, Madagascar connaît une croissance démographique fulgurante qui pourrait devenir une opportunité historique de co-développement.
Chaque année, des centaines de milliers de jeunes Malgaches arrivent à l’âge de travailler, d’apprendre, de produire. Madagascar a besoin de compétences, de formateurs, de techniciens, d’agronomes, d’éducateurs, d’ingénieurs de terrain. Or, La Réunion regorge de jeunes diplômés, de savoir-faire, de compétences sous-utilisées, maintenues à l’écart du monde du travail par un système qui préfère gérer la pauvreté plutôt que la combattre.
Mettre ces compétences au service du co-développement régional, c’est offrir aux jeunes Réunionnais une sortie concrète de l’assistance. En agriculture, en formation professionnelle, en éducation, en accompagnement de projets locaux, ils peuvent travailler, transmettre, apprendre et gagner leur vie. Non pas dans une logique de charité, mais de coopération entre peuples voisins.
Travailler avec Madagascar, c’est aussi se confronter à une autre réalité sociale. Malgré une pauvreté profonde, la société malgache ne repose pas sur l’assistanat. Le travail, l’initiative, la débrouille et la solidarité sont au cœur de la survie quotidienne. Ce rapport au travail, parfois oublié à La Réunion faute de perspectives, peut redevenir un moteur d’émancipation.
Cette voie régionale est d’autant plus nécessaire que l’émigration vers la France devient de plus en plus incertaine. Dans un contexte de crise politique majeure, marqué par la montée d’un parti raciste aux portes du pouvoir, les immigrés — y compris les Réunionnais — sont déjà désignés comme boucs émissaires. Logement, emploi, aides sociales : tout devient prétexte à la stigmatisation.
Madagascar, comme La Réunion, est une société ouverte, métissée, solidaire. Y travailler, y coopérer, y circuler est souvent plus simple, plus humain et plus digne que de subir le rejet et la précarité dans une France qui se replie sur elle-même.
Faire le choix du co-développement régional, c’est rompre avec une logique coloniale d’assistance et de dépendance. C’est redonner aux jeunes Réunionnais une place active, utile, reconnue. C’est construire une réponse politique au chômage, fondée sur le travail, la coopération et la dignité, plutôt que sur la survie et l’exclusion.
M.M.
Paul Vergès : 2016-2026
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