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Discours d’Ary Yée Chong Tchi Kan à Moramanga
29 mars 2017, par

Le 27 mars à Moramanga, une délégation réunionnaise invitée par l’AKFM a participé à une cérémonie d’hommage aux vétérans de la révolte de 1947, en présence de plusieurs dizaines de vétérans de cette lutte, de l’AKFM, du Comité de solidarité de Madagascar et de l’association des anciens combattants nationalistes de Moramanga. Moramanga était le point de départ de la révolte contre le régime colonial. Voici le contenu du discours prononcé à cette occasion par Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire du PCR.
C’est avec une grande émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. Vous commémorez le 70e anniversaire de la révolte de 1947. Plus de 80000 personnes ont été tuées par la répression coloniale. Elles avaient osé se lever contre l’injustice d’un système qui faisait d’eux des exploités dans leur propre pays.
Ces combattants avaient mis en jeu la seule richesse qui leur restait, leur vie. Nous avons aujourd’hui l’honneur de la présence de plusieurs vétérans de cette bataille. Qu’ils soient remerciés pour leur courage et pour leur exemple qui, j’en suis persuadé, continuera encore d’inspirer la jeunesse. Je vous demande de les applaudir.
Pour nous Réunionnais, cette révolte de 1947 a été un élément fondamental dans le développement de la solidarité.
Du temps de la colonisation, la France avait utilisé La Réunion comme base arrière pour envahir Madagascar. Elle avait bénéficié de la complicité d’une classe dominante qui voyait dans l’exploitation du peuple malgache un moyen de s’enrichir encore plus.
Heureusement, pour l’honneur de notre pays, des Réunionnais se sont levés contre cette domination, à Madagascar et à La Réunion.
Dans votre pays, je citerai le nom de Dussac, dirigeant du journal l’Aurore malgache, ou encore Francis Sautron, syndicaliste qui fut maire de Diego Suarez.
À La Réunion, la répression de 1947 a déclenché la solidarité des progressistes. Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, députés communistes, ont mobilisé leurs collègues contre la levée de l’immunité parlementaire des 3 députés du MDRM. La section de l’Union des Femmes de France, devenue UFR en 1958, a mené d’importantes actions.
Dans notre île, les communistes étaient au premier plan de cette lutte. Cela ne plaisait pas au gouvernement français qui voulait faire oublier 1947. Invité par l’AKFM à la célébration de l’indépendance de Madagascar en 1960, Paul Vergès, secrétaire général du PCR, a été expulsé, renvoyé dans le premier avion pour La Réunion.
Des camarades malgaches, dont Gisèle Rabesahala, ont été interdits de séjour à La Réunion parce qu’ils étaient invités au Congrès du PCR.
C’est dans cette répression que s’est forgée la solidarité entre nos deux peuples.
Le PCR a voulu faire à La Réunion du 70e anniversaire de la révolte de 1947 un grand événement. Il est en effet essentiel que nous connaissions notre histoire commune pour réfléchir à un futur commun.
Dans 30 ans, La Réunion aura un million d’habitants. Vous serez alors 40 millions, à 800 kilomètres de chez nous. Vous serez 40 fois plus nombreux que nous.
Notre histoire commune date de 350 ans. Dans les premiers habitants de La Réunion, il y avait 2 Français et 7 Malgaches dont 3 femmes. Ce furent les mères des premiers enfants nés à La Réunion.
Votre langue malgache a donné les noms de nos lieux : Cimendef, Mafate, Mahavel, Bébour, Salazie, Cilaos, Tampon…
Au regard de cette histoire, nous sommes convaincus que l’avenir de La Réunion est lié à celui de Madagascar. Nous militons pour que ce développement se fasse dans la solidarité, gagnant-gagnant. C’est cela notre projet d’avenir.
Il détruira les murs dressés par la colonisation pour nous diviser et nous écraser. Chaque année, La Réunion importe pour plus de 6 milliards d’euros de marchandises. 70 % viennent de France et d’autres pays européens, à plus de 10.000 kilomètres. Seulement 2 % arrivent des pays voisins dont Madagascar.
C’est ensemble que nous ferons progresser l’égalité, que nous arracheront notre liberté pour un développement durable et solidaire.
Nous ne serons jamais suffisamment reconnaissant envers les patriotes de 1947, car c’est grâce à eux que je peux venir ici m’exprimer aujourd’hui.
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