Co-développement

Olivier Bancoult : « Nou lé pa plis, nou lé pa moins, respèkt a nou. Respèkt nout droit en tant que peuple »

Accueil chaleureux de la délégation des Chagos

Manuel Marchal / 29 mai 2018

À l’initiative du Comité de solidarité Chagos La Réunion, une délégation de 13 Chagossiens conduite par Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos, est arrivée hier à La Réunion. Des personnes venues de toute l’île ont fait un accueil chaleureux aux représentants d’un peuple en lutte depuis plus de 40 ans pour avoir le droit de retourner vivre dans leur pays d’où ils ont été déportés à cause de la construction de la base militaire de Diego Garcia. Parmi les amis des Chagos, de nombreux communistes dont le secrétaire général du PCR, Maurice Gironcel, qui a rappelé la lutte pour que l’océan Indien soit une zone de paix.

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La délégation chagossienne avec des amis venus les accueillir à l’aéroport, dont Georges Gauvin, président du Comité de solidarité Chagos La Réunion, et Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR. (Photo A.D.)

« La déportation des Chagossiens est un crime contre l’humanité », « Les Chagossiens peuple créole peuple frère », « Océan Indien zone de paix », « Stop à l’impérialisme, soutien aux Chagossiens », tels étaient des mots d’ordre portés par des amis des Chagossiens venus hier de toute l’île pour accueillir la délégation conduite par Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos, à l’aéroport.

Venus par le vol de 10h50, les 13 Chagossiens portaient tous un t-shirt orange marqué du symbole du Groupe Réfugiés Chagos. À la sortie du hall, un comité d’accueil chaleureux leur a souhaité la bienvenue.
Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire du PCR aux relations internationales, a dit les premiers mots, saluant la venue de ces représentants d’un peuple en lutte pour retourner dans son pays d’où il a été chassé à cause de la construction de la base de Diego Garcia.

Georges Gauvin, président du Comité de solidarité Chagos La Réunion, s’est ensuite adressé en créole au public. Il a souligné que l’interdiction de retourner dans son pays natal est une douleur au moins aussi grande que perdre un membre de sa famille. Il a également rappelé le combat des Chagossiens et le rôle du Comité de solidarité qui a pour but de faire connaître à l’opinion la cause du peuple exilé, et d’aider financièrement la lutte, tout cela sans demander de subvention aux pouvoirs publics.
Le président du Comité de solidarité Chagos La Réunion a aussi insisté sur les liens historiques et culturels qui relient ces deux peuples de l’océan Indien, des peuples créoles, des peuples frères.

Océan Indien zone de paix

Maurice Gironcel, secrétaire général du PCR, a salué le travail du Comité de solidarité pour que le combat des Chagossiens ne soit pas oublié, ainsi que celui d’Olivier Bancoult pour ne pas que le peuple chagossien meure. Le responsable communiste a rappelé que contrairement à ses dernières volontés, la mère d’Olivier Bancoult n’a pu être enterrée aux Chagos. « Même cela lui a été refusé, c’est incroyable et cela montre combien nous avons raison de lutter ».

« Il faut absolument que l’océan Indien soit zone de paix », a poursuivi Maurice Gironcel. En plus de la base de Diego Garcia aux Chagos qui existe déjà, le responsable communiste fait état de projets de bases militaires aux îles Ascension aux Seychelles et à Agalega à Maurice. « Cela aussi n’est pas normal », a déclaré Maurice Gironcel. Ce qui veut dire que le combat commun des Réunionnais et des Chagossiens va au-delà de la bataille pour le retour sur la terre natale, c’est aussi une lutte pour un océan Indien zone de paix.
Olivier Bancoult a conclu les prises de parole. Il a tout d’abord rappelé que « notre première conférence de presse internationale, nous l’avons fait ici, au Port, l’endroit inoubliable pour la plupart des Chagossiens qui ont connu La Réunion. « Notre lutte concerne tout être humain », poursuit-il, « car c’est le combat pour vivre sur sa terre natale. Notre cause est une cause juste ». « Comme dirait Laurent Vergès : nou lé pa plis, nou lé pa moins, respèkt a nou. Respèkt nout droit en tant que peuple ».

« L’an prochain aux Chagos »

« L’océan Indien doit être une zone de paix, ce n’est pas possible que le peuple chagossien ait été chassé de sa terre pour construire une base militaire ». « C’est un combat que nous devons mener pour la dignité humaine », ajoute le leader du Groupe Réfugiés Chagos, « on ne peut pas être en dehors de nos terres ». « Si notre terre était inhabitable, nous comprendrions, mais on ne peut pas comprendre pourquoi des Philippins, des Sri Lankais, des Britanniques, des Américains peuvent vivre sur notre terre et nous en tant que fils du sol nous n’avons pas le droit. C’est vraiment inacceptable ».
« La loi universelle des droits de l’homme dit que nul ne peut être empêcher de retourner dans son pays », mais c’est précisément ce qui est interdit aux Chagossiens.

« Notre combat nous concerne tous, peuples de l’océan Indien », affirma-t-il.
« Comme nous avons cet état d’esprit nous n’allons pas céder, nous n’allons pas céder face à l’argent, notre dignité nous concerne ». Et de conclure : « l’an prochain aux Chagos, avec tous les gens qui croient au respect des droits humains y compris nos frères et sœurs de La Réunion ».
La délégation s’est ensuite rendue au Port pour déposer une gerbe sur la tombe de Paul Vergès, en compagnie de plusieurs membres de la direction du PCR dont son président Elie Hoarau, et son porte-parole, Yvan Dejean.

M.M.