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La Commission de l’océan Indien (1984-2004) : 20 ans au service de la coopération régionale - 1 -
12 janvier 2005

Le Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien (C.O.I.), qui détermine les axes principaux des actions menées par cette structure internationale de coopération régionale, va se réunir dimanche et lundi prochains à La Réunion.
À cette occasion, nous publions un historique de la C.O.I., réalisé par Wilfrid Bertile, professeur de géographie à l’université de La Réunion et lui-même secrétaire général de la Commission de l’océan Indien de 2001 à 2004.
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Même si en 1982 à Port-Louis (Maurice), une réunion préparatoire en a établi les bases, la Commission de l’océan Indien (COI) a vu le jour le 10 janvier 1984 à Victoria (Seychelles).
Cette organisation d’intégration régionale comprend alors Madagascar, Maurice et les Seychelles, avant d’être rejointes en 1986 par la France au titre de La Réunion, et les Comores. Le phénomène de régionalisation gagne ainsi les îles francophones du Sud-Ouest de l’océan Indien.
En 20 ans, les pays membres ont connu, au plan interne, d’importantes évolutions tandis que se poursuivait le processus de mondialisation, qu’émergeaient, notamment dans la région, des organisations régionales d’envergure comme la Communauté de développement de l’afrique australe (SADC) et le Marché commun d’Afrique orientale et australe (COMESA) et que l’Afrique du Sud post-apartheid retrouvait sa place dans le concert des Nations.
La COI s’est structurée et a mis en œuvre des projets, parfois importants, dans les domaines les plus divers. Ses objectifs ont cependant varié avec le temps et, faute d’un projet politique clair et de moyens suffisants, la COI reste une organisation régionale embryonnaire, qui a du mal à se positionner.
I - Naissance, évolution et structures de la commission de l’océan Indien
Les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien (Comores, Madagascar, Maurice, La Réunion et les Seychelles) ont en commun leur situation géographique, leur colonisation par la France, leur peuplement partagé, précolonial pour Madagascar et les Comores, originaire d’Asie, d’Afrique orientale et australe, de Madagascar, d’Europe, pour les “archipels créoles” (Mascareignes et Seychelles), leur appartenance à la francophonie, leur situation de pays en voie de développement.
Les échanges entre les îles sont une constante historique. Sous l’Ancien Régime, la présence d’un colonisateur commun, la France, les a favorisés, même si prédominaient les relations Sud-Nord. Au XVIIIème siècle, les Mascareignes formaient une entité polarisée par Port-Louis, choisie comme capitale de l’archipel par Mahé de Labourdonnais. Et, malgré l’appartenance de Maurice et des Seychelles à l’Angleterre à partir de 1815, après la colonisation des Comores et de Madagascar par la France à la fin du XIXème siècle, les échanges de population et de marchandises intra régionaux étaient facilités par l’apparition des compagnies de navigation (Messageries Maritimes) qui ont instauré des liaisons régulières entre les îles.
Des tentatives de coopération ont vu le jour dans le domaine agricole depuis l’entre-deux-guerres et à partir de 1950, avec la création du Comité de collaboration agricole (Cocolag) ; dans le domaine touristique de 1968 à 1975, avec celle de l’Association touristique de l’océan Indien (ATOI) et dans le domaine de la météorologie avec la création du Comité régional des cyclones en 1973. Mais tout cela restait limité et, dans les années 1960 et 1970, avec les indépendances et les orientations idéologiques de certains pays de la zone, les relations s’étaient encore amoindries.
Des pays membres disparates
La Commission de l’océan Indien est née de la proximité idéologique des gouvernements en place à Madagascar, à Maurice et aux Seychelles au début des années 1980. Déjà, dans les années 1970, les partis et mouvements progressistes de la région avaient conçu un projet politique de rapprochement des pays dans une optique anti-impérialiste. Sept mois après l’arrivée au pouvoir de la coalition Mouvement militant mauricien/Parti socialiste mauricien, se tient à Maurice, le 20 décembre 1982, une Conférence des ministres des Affaires Étrangères de Madagascar, de Maurice et des Seychelles qui décide de créer la Commission de l’océan Indien entre les pays participants.
Le 10 janvier 1984 se réunit aux Seychelles la première session ministérielle de la Commission. Elle a procédé à la signature de l’Accord général de coopération entre les trois pays présents à la Conférence préparatoire de 1982. Cette signature se fait sans la France, qui maintient à La Réunion un “statut colonial” et sans les Comores, dont le président Abdallah est arrivé au pouvoir avec l’aide de mercenaires.
Néanmoins la réalité géographique, le compagnonnage historique, la présence de la gauche au pouvoir en France amènent les États fondateurs à surmonter ces appréhensions. La Commission de l’océan Indien s’élargit en janvier 1986 aux Comores et à la France, pour le compte de son département de La Réunion. Pour la France, ce fut une grande victoire politique et diplomatique : la voilà reconnue puissance riveraine de l’océan Indien et le caractère français de La Réunion, revendiqué par la population de l’île, n’est plus contesté par ses voisins.
Avec cet élargissement, la COI s’étend à toutes les îles du Sud-Ouest de l’océan Indien, à l’exception de Mayotte, restée juridiquement française, mais dont le retour à la République islamique des Comores est réclamé par l’État comorien et la communauté internationale.
Ces pays sont disparates. Madagascar fait figure de “puissance régionale” avec ses 587.000 kilomètres carrés et ses 16 millions d’habitants. Tout comme les Comores (1.862 kilomètres carrés et 544.280 habitants), elle fait partie des Pays les moins avancés (PMA). Maurice (2.045 kilomètres carrés et 1,2 million d’habitants) se positionne comme Nouveau pays industriel (NPI), en raison de sa zone franche industrielle et les Seychelles (455 kilomètres carrés, 115 îles et 82.000 habitants) en tant que Pays à revenus intermédiaires (PRI), grâce aux ressources du tourisme et de la pêche. La Réunion (2.512 kilomètres carrés et 753.600 habitants), département français d’outre-mer et région européenne ultrapériphérique, fait partie du monde développé. Au total, les pays membres de la Commission de l’océan Indien sont peuplés actuellement de plus de 18 millions d’habitants et couvrent 594.000 kilomètres carrés de terres insulaires auxquelles correspond une zone économique exclusive vaste de 7 millions de kilomètres carrés.
(à suivre)
Wilfrid Bertile
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