Co-développement

Produits de Madagascar interdits en France : officiellement un problème de formalité douanière

Un incident révélateur

Manuel Marchal / 6 juillet 2021

Suite à la protestation de producteurs malgaches ayant vu leurs marchandises interdites d’embarquer pour la France, le ministère des Finances de Madagascar indique qu’aucun produit malgache n’a nouvellement été interdit d’entrer en France. Le problème viendrait de formalités qui n’auraient pas été respectées. Cette affaire montre en tout cas qu’entre Madagascar et la France, deux Etats membres de la Commission de l’océan Indien, la confiance est loin de régner. Cette tension est notamment alimentée par le refus de la France de restituer à Madagascar les territoires malgaches toujours occupés par l’ancienne puissance coloniale depuis l’indépendance en 1960. L’avis de la Cour de justice internationale et la condamnation de l’occupation britannique des Chagos par la communauté internationale fragilise la position de Paris.

JPEG - 54.7 ko

Le 29 juin dernier, notre confrère « L’Express » annonce que « une société de groupage évoluant sur l’axe Antananarivo-Paris vient de notifier ses fournisseurs que pour des raisons indépendantes de sa volonté, mais liées à des réglementations douanières, elle ne peut plus assurer les exportations des produits malgaches vers Paris. Comme les produits alimentaires, sous toutes leurs formes, y compris les conserves »

« Les produits pharmaceutiques : Homéopharma, Vaniala, Masy, Ratsimamanga et tout ce qui a pour vocation de guérir. Cigarettes, alcools et tout ce qui est stupéfiant. Tous les produits à composante métallique. Des dispositions restrictives qui ont soulevé une levée de boucliers dans le milieu économique. Sous prétexte de lutte contre le coronavirus par le respect de certaines « mesures barrières », la France donne l’impression de sanctionner Madagascar pour d’autres considérations d’ordre politique, peut-être ».

Quelques heures plus tard, cette information est confirmée par Réunion Première :

« Cette semaine, les industriels de la Grande île apprennent que leurs exportations vers ce pays ont été unilatéralement interrompues. Une décision inattendue de la part d’un pays qui a présidé à la destinée de la colonie de 1897 à 1946. Un île qui a été pendant des siècles une base arrière de la Royale et des pirates français. »

Réunion Première donne même une explication qui met en cause le gouvernement français :

« Ces restrictions commerciales sont, pour les industriels malgaches, une réponse politique à l’opposition de la Grande île de faire des Glorieuses une réserve naturelle pour l’Hexagone. Ces mesures sont également liées à l’indignation officielle de l’Etat après la décision de l’Europe d’exclure du pass sanitaire, qui entre en vigueur le 1er juillet 2021, les voyageurs étrangers ayant été vaccinés avec le Covishield Indien offert par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). »

Cette question a alors fait l’objet de nombreuses interventions sur les réseaux sociaux.
Intervenant dans le débat le 2 juillet, le Forum politique des îles demande la levée des interdictions, et interpelle la Commission de l’océan Indien : « La France, État membre, vient en effet de fermer ses portes aux produits de Madagascar, État membre. Tout silence de la COI sur cette question ne pourra être interprété que comme le signe de la faiblesse de cette organisation face aux intérêts d’une ancienne puissance coloniale »

Besoin d’ « autorisations spécifiques »

Du côté de l’administration malgache, un communiqué daté du 1er juillet a apporté les précisions suivantes :

« Suite à des publications sur les réseaux sociaux concernant des changements de réglementations douanières sur l’exportation de produits pharmaceutiques, produits alimentaires, de substances psychoactives et tous les produits à composition métallique, empêchant l’exportation desdits produits en provenance de Madagascar vers la France, le Ministère de l’Economie et des Finances tient à préciser que ces supposées interdictions ne concernent pas la réglementation au niveau de la Douane malagasy et qu’aucun changement de réglementation ni de procédure n’a été effectué. Par ailleurs, suite à nos investigations au niveau de la Douane française/européenne, et à des recoupements faits par notre attaché douanier auprès de l’Ambassade de Madagascar à Paris, également, aucun changement n’a été effectué au niveau des réglementations européennes. L’importation/exportation de certaines marchandises, faisant objet de prohibition relative, exigent des autorisations spécifiques que le déclarant est tenu de fournir. Le cas échéant, ce dernier pourrait être sanctionné. »

Episode révélateur de la tension

Cela signifie qu’il y aurait eu donc un malentendu au moment des formalités d’exportation de marchandises de Madagascar vers un pays de l’Union européenne. Ce que confirme le directeur général des Douanes de Madagascar à MadaNews : sachant que les produits refusés sont « destinés à soigner. Pour ce genre de marchandises, le marché européen exige une Autorisation de mise sur le marché et des précisions sur la composition du produit. Il est donc nécessaire pour le fabriquant de faire une mise à jour de l’étiquetage et d’apporter plus d’informations sur sa marchandise ».
Malgré tout, cet épisode souligne un climat tendu entre Madagascar et l’ancienne puissance coloniale. C’est ce qu’ont rappelé nos confrères de l’Express et de Réunion Première. Car il s’avère que des Malgaches sont enterrés sur l’île principale de l’archipel des Glorieuses, ce qui signifie que pour les Malgaches, cette terre faisait forcément partie de leur pays. Or, la visite du président français sur cette île malgache en affirmant que « Ici c’est la France », et la décision de Paris de faire de Glorieuses une réserve naturelle sur le modèle de celle des Chagos imposée par le Royaume-Uni ne sont pas pour ramener la sérénité dans les relations entre Madagascar et la France.

M.M.