Co-développement

Quel avenir pour les relations entre La Réunion et Mayotte ?

Inégalité des droits entre La Réunion et le territoire sous administration française le plus proche

Manuel Marchal / 27 juillet 2021

Les 270.000 habitants officiels de Mayotte vivent sur un territoire considéré par Paris depuis 10 ans comme un département français, ont donc la nationalité française et sont les seuls habitants de notre région à pouvoir entrer sans visa à La Réunion. Mais si le statut est le même à Mayotte qu’à La Réunion, l’égalité sociale est encore bien loin dans l’ancienne dépendance d’Anjouan, ce qui pousse légitimement des milliers d’habitants de Mayotte à émigrer à La Réunion avec l’assurance d’au moins doubler leurs revenus, avec un coût de la vie pas plus élevé. Sachant que Mayotte comptera 400.000 habitants d’ici 30 ans, de son sous-développement, et du peu d’empressement de Paris d’aller rapidement au bout de ses promesses envers ceux qui croient encore au rêve de la « départementalisation » à Mayotte, il est clair que les relations entre La Réunion et Mayotte sont amenées à se renforcer. D’où l’importance de l’échange qui a eu lieu entre le président de l’Association des maires de Mayotte et Huguette Bello, présidente de la Région Réunion.

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Voici l’évolution du montant du RSA à Mayotte, c’est la moitié qu’à La Réunion alors que le coût de la vie à Mayotte est comparable. A Mayotte, les 270.000 habitants officiels ont la nationalité française, mais ont beaucoup moins de droits.

Notre confrère mahorais Kwezi a évoqué le 23 juillet dernier la rencontre du président de l’association des maires de Mayotte, Madi Madi Souf, avec Huguette Bello et Wilfrid Bertile, présidente et vice-président de la Région.
Dans son compte-rendu, Kwezi évoque les questions soulevées par l’élu de Mayotte « des Comoriens en situation irrégulière qui fuient leur pays, les Comores et qui font pression sur Mayotte, et des Mahorais qui fuient Mayotte pour élire domicile à la Réunion. A la grande différence que les Mahorais sont des Français dans un département français, et que les Comoriens sont en situation irrégulière à Mayotte. Comment gérer cette problématique migratoire qui concerne tout l’océan indien, comment gérer ensemble cette pauvreté qui progresse et qui menace l’équilibre social des deux départements français de l’océan indien, voilà le défi commun de la France de l’océan indien. La convergence des droits de Français en France , un autre sujet qui n’a pas besoin d’une nouvelle mission ».

Un lien singulier

Cette prise de contact entre la nouvelle direction de la Région et Mayotte est importante. Comme le souligne le président de l’Association des maires de Mayotte, les destins de La Réunion et Mayotte sont liées. Mais ce lien ne découle pas du concept néocolonial de France de l’océan Indien, inventé dans un bureau parisien pour rassembler sous un drapeau bleu-blanc-rouge tous les territoires où la souveraineté de Paris est contestée sur la base du droit international à l’exception de La Réunion.
Ce lien découle du refus de Paris d’aller au bout de son aventure comorienne commencée par la sécession de Mayotte de la République des Comores en 1975 au moment de l’indépendance de l’archipel unifié. Il a remplacé un lien traditionnel, marqué par des échanges et des installations de Réunionnais aux Comores, et l’arrivée à La Réunion d’immigrés comoriens qui participèrent notamment à la construction du port. Pour maintenir une base potentielle d’agression pour venir en aide à l’apartheid en Afrique du Sud soutenu alors par la France, ou organiser des coups d’État contre les gouvernements de la région qui n’allaient pas dans le sens des capitalistes français, Paris a refusé de reconnaître le résultat du référendum organisé par son propre pouvoir pour garder un pied à terre à Mayotte.

Du rêve à la réalité : un réveil difficile

Pour justifier le maintien de son administration à Mayott depuis 1975, les gouvernements qui se succèdent à Paris depuis laissent miroiter aux Mahorais le même confort matériel et financier qu’en France grâce à l’intégration de Mayotte en tant que département. Mais du rêve à la réalité il y a un fossé : 10 ans après que la France ait fait de l’île de Mayotte un département, ses habitants ont moins de droits que dans les autres départements français, y compris La Réunion. Cette départementalisation « adaptée » n’est pas sans rappeler l’égalité à laquelle était ajoutée toute une série d’adjectifs, mais qui n’a été quasiment appliquée qu’au bout de 50 ans de lutte du peuple réunionnais contre la pingrerie de Paris. Voici la situation décrite par le service public audiovisuel à Mayotte : « Mais en réalité, si le statut est là, il faut tout construire. En 2011, les allocations familiales sont embryonnaires, le congé paternité de 11 jours n’existent pas, les salaires horaires bruts sont en deça de ceux en vigueur dans les autres départements. Les cotisations pour la retraite ou les allocations familiales sont minimes et les prestations familiales et les minima sociaux sont rares. »
Le montant du RSA pour une personne seule atteint 282 euros par mois, c’est la moitié qu’à La Réunion. Concernant l’alignement des cotisations finançant la Sécurité sociale, il ne sera pas effectif avant 2036 !

50.000 habitants en 1975, 400.000 en 2050

D’ici cette date, la population de Mayotte va continuer à augmenter. Elle atteindra 400.000 habitants en 2050. A cette pression démographique s’ajoute celle sur les ressources en eau, dans une île qui comptait officiellement 278.000 habitants en 2019, contre moins de 50.000 au moment de la décision du peuple comorien d’accéder à l’indépendance en tant qu’ensemble unifié.
Compte tenu du calendrier voulu par Paris, l’égalité sociale n’est pas prévue à Mayotte avant de nombreuses années. Il n’est donc pas étonnant que des milliers d’habitants de Mayotte choisissent de s’exiler dans le département français le plus proche où ils peuvent disposer d’un RSA multiplié par 2, des mêmes prestations sociales et du même salaire minimum qu’en France, un des pays les plus riches du monde.
En effet, à la différence de tous les autres habitants de notre région, ceux de Mayotte n’ont pas besoin de réunir les conditions drastiques demandées par les autorités françaises pour entrer à La Réunion. Pas de visa obligatoire, une simple carte d’identité offerte gratuitement est suffisante, conséquence de la nationalité.
Sachant que Mayotte comptera 400.000 habitants d’ici 30 ans et compte tenu du peu d’empressement de Paris d’aller rapidement au bout de ses promesses envers ceux qui croient encore au rêve de la « départementalisation » à Mayotte, il est clair que les relations entre La Réunion et Mayotte sont amenées à se renforcer.

M.M.