Co-développement

Rendre justice aux Chagossiens victimes d’un « crime contre l’humanité »

Condamnation unanime du traité inégal qui permit la déportation des Chagossiens

Manuel Marchal / 7 septembre 2018

C’était hier la fin des auditions à La Haye, devant la Cour de justice internationale, sur la question des Chagos. Plusieurs États et l’Union africaine ont pris position et tous ont condamné la séparation des Chagos de Maurice à la veille de la décolonisation. Cette séparation a maintenu le contrôle des Chagos par la puissance coloniale britannique, qui décida de déporter la totalité du peuple chagossien avec interdiction de revenir dans son pays. Le représentant de la Serbie a même été plus en considérant que cette déportation est un « crime contre l’humanité ».

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Hier à La Haye, les positions des États et de l’Union africaine étaient unanimes. La Grande-Bretagne a violé le droit international. En tant que puissance coloniale, elle a fait signer à une colonie un traité pour lui enlever une partie de son territoire. C’est le point de départ du crime perpétué contre les Chagossiens : la déportation et l’interdiction de revenir dans leur pays.
Les Vanuatu se sont exprimées. Leur représentant a d’ailleurs souligné que c’est la première fois que cet État intervient à la Cour internationale de justice.
Voici un compte-rendu de notre confrère « l’Express » : « C’est dire l’importance que le Vanuatu accorde à cette affaire. » « Le Vanuatu se trouve dans le Pacifique. C’est l’une des régions où les conséquences de la colonisation sont encore ressenties », a dit son représentant. Une allusion sans doute liée au référendum prochain en Kanaky sur l’indépendance, où le président de la République a pris clairement position contre la fin de l’administration française de ce pays.

Accord inégal

« Nous rejetons fortement l’argument du Royaume-Uni disant que des îles qui sont aussi éloignées les unes des autres ne peuvent former un territoire. La République du Vanuatu est un archipel et plusieurs de ses îles sont très éloignées. Mais on reste un État souverain », a insisté Robert McCorquodale. L’autre intervenant pour la république du Vanuatu, était Jennifer Robinson, de Doughty Street Chambers : « Selon l’avocate, le Royaume-uni n’avait pas respecté son obligation de demander la volonté de la population de Maurice, incluant le peuple chagossien, en 1965 avant le détachement des Chagos. De ce fait, la question de savoir si les représentants de Maurice en 1965 avaient agréé au détachement des Chagos est invalide », précise « l’Express ».
Le représentant de la Serbie a vivement dénoncé la déportation des Chagossiens : « C’est clair que le Royaume-uni a agi sans prendre en considération ce que voulaient les Mauriciens, mais surtout ce que voulaient les habitants de l’Archipel des Chagos », indique « l’Express ». Ce qu’ont subi les Chagossiens est « un crime contre l’humanité », c’est « Un acte de déplacement forcé en droit pénal international ».

« C’est la voix de l’Afrique que vous avez entendue »

Le représentant de la Thaïlande s’est efforcé de démontrer l’illégalité de la séparation des Chagos de Maurice, qui a rendu possible la déportation des Chagossiens puis la construction de la base de Diego Garcia. « Les modalités de l’accord signé en 1965 sur le détachement des Chagos ont été agréées alors que Maurice était encore sous le règne colonial et était donc dans une relation d’inégalité avec le Royaume-Uni, fait ressortir Son Excellence Virachai Plasai.
La dernière audition était celle de l’Union africaine, voici le résumé de sa conclusion selon « l’Express » : « L’appel de Namira Negem, conseillère juridique de l’Union africaine ne pouvait être plus explicite. « C’est la voix de l’Afrique que vous avez entendue et non celle de Liseby Elyséou des Chagossiens. » Lors de son allocution, elle a lancé un appel à la Cour Internationale de Justice d’assumer ses responsabilités pour que les Chagossiens obtiennent justice ».
Après ces auditions, la Cour internationale de justice rendra son avis dans quelques mois.

M.M.