Co-développement

Réunionnais et Malgaches : rapprocher deux peuples unis par une histoire commune

Demain, journée solidaire de REAGIES à Manapany

Manuel Marchal / 11 mai 2019

Demain à Manapany, l’association REAGIES organise une journée solidaire. Il sera question du bilan d’actions menées ces dernières années à Madagascar afin d’oeuvrer à une meilleure connaissance d’une histoire commune, un moyen de travailler ensemble pour aller vers de nouveaux projets.

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La délégation réunionnaise avec les élèves participants aux Olympiades de l’histoire et leurs responsables.

Demain, l’association REAGIES présidée par Simone Yée Chong Tchi Kan montrera tout le chemin parcouru en deux ans et demi dans l’approfondissement de la relation entre Malgaches et Réunionnais, par le biais de la solidarité et de la connaissance historique. Ce bilan sera fait demain à Manapany, à l’occasion d’une journée solidaire.
L’association REAGIES œuvre depuis de nombreuses années à Madagascar au travers d’actions de solidarité menées auprès de la population. Cette base a permis de défricher un nouveau domaine, celui d’une meilleure connaissance d’une histoire commune, en s’appuyant sur deux partenaires : le Parti communiste réunionnais (PCR) et le Parti du congrès pour l’indépendance de Madagascar (AKFM). Cela a conduit aux deux temps forts de la dernière mission à Madagascar : une conférence sur Francis Sautron à Antsiranana réalisée par des étudiants de l’Université de Diego, et les Olympiades de l’histoire à Moramanga impliquant des élèves de trois établissements scolaires : deux lycées et un collège.

Mieux se connaître par l’histoire

Pour œuvrer à ce rapprochement, le fil conducteur est l’histoire, avec la valorisation à La Réunion tout d’abord d’un événement historique : la révolte de 1947 à Madagascar. C’est en effet dans la perspective de la commémoration du 70e anniversaire le 29 mars 1947 qu’un travail a débuté. Cette activité rappelait un acte important de la solidarité entre nos deux peuples. En effet, des Réunionnais ont lutté aux côtés des Malgaches victimes de l’arbitraire colonial, s’impliquant dans la création du Comité de solidarité de Madagascar dirigé par Gisèle Rabesahala et revendiquant l’amnistie générale de tous les patriotes emprisonnés. Les communistes menaient ce combat, relayé à l’Assemblée nationale par Raymond Vergès et Léon de Lépervanche. Ce fut le point de départ d’une solidarité forgée dans des luttes communes et qu’il est important de valoriser.
Le PCR a confié à REAGIES la responsabilité de mener à bien cette mission. Ce fut d’abord une conférence à Saint-Leu le 4 décembre 2016. Elle a rappelé que l’histoire commune date du début du peuplement. Les premières femmes à vivre à La Réunion étaient des Malgaches, venues avec des compatriotes et des exilés français de Fort-Dauphin. Ainsi les premières mères réunionnaises étaient malgache. Les traces de ce peuplement ne se voient pas seulement dans les visages, mais aussi dans les noms donnés au paysage : Mafate vient de mahafaty, lieu dangereux, et Tampon de tampony, sommet, par exemple. Ainsi, la quasi-totalité des noms de lieux de l’intérieur de La Réunion sont d’origine malgache.

Lieux de mémoire à Moramanga

Il a ensuite été question de l’évocation de la révolte de 1947 et de sa répression qui fit sans doute plus de 100.000 morts. Cette conférence de sensibilisation donna lieu à un approfondissement quatre mois plus tard quand une délégation réunionnaise s’envola pour Moramanga. Elle se rendit sur les lieux de mémoire dans cette ville, point de départ de la révolte. Elle rencontra aussi des anciens combattants malgache de 1947 à l’occasion d’une conférence organisée par REAGIES avec la participation du PCR et de l’AKFM. Ce séjour à Moramanga permit également de rencontrer la fille d’un Réunionnais qui avait déserté en 1947 parce qu’il ne voulait pas tirer sur les Malgaches. Que sont devenus ces déserteurs, comment se sont-ils intégrés à la société malgache, autant de questions qui sont prétextes à un nouvel approfondissement.
En mars 2018 eut lieu une conférence à Antananarivo avec la signature d’un document commun AKFM-PCR pour la poursuite d’action commune le 29 mars, avec un dépôt de gerbe sur la stèle de Gisèle Rabesahala, près du siège de l’AKFM.

Forum des peuples

Les 2 et 3 août 2018, REAGIES fut la cheville ouvrière de l’organisation du premier Forum des îles de l’océan Indien. Cette nouvelle structure politique a tenu sa réunion fondatrice sur le thème « Le bon voisinage, la diplomatie des peuples ». Accueillant les Chagos comme invité d’honneur, ce premier Forum a permis de souligner que les questions qui relèvent du voisinage entre les peuples doivent être traitées par les peuples concernés. Ceci touche notamment la question de l’océan Indien zone de paix, et du co-développement.
En décembre, REAGIES mena une action humanitaire par la distribution de 1000 jouets.
Une nouvelle étape est franchie depuis cette année. En plus de la révolte de 1947, l’accent est mis sur le parcours de Francis Sautron, Réunionnais ancien maire de Madagascar et partisan de l’indépendance de la Grande Île. Il y eut tout d’abord une conférence tenue le 13 février par Raoul Lucas et Ary Yée Chong Tchi Kan à l’Université de La Réunion. Le travail s’est poursuivi le 22 mars à Madagascar par une conférence présentant le résultat d’une recherche des étudiants en parcours d’histoire de l’Université d’Antsiranana. Cela a permis de montrer comment ce syndicaliste était devenu solidaire des luttes du peuple malgache, et quels ont été les résultats obtenus. Francis Sautron a montré que les Réunionnais n’étaient pas tous des colons enviant le sort des Français expatriés et que certains étaient prêts à se battre aux côtés des Malgaches pour la liberté. L’échange s’est poursuivi par une visite du campus d’Antsiranana organisée par les étudiants.

Francis Sautron et Olympiades de l’histoire

La délégation réunionnaise a ensuite été invitée aux premières Olympiades de l’histoire à Moramanga. Organisées par REAGIES avec le soutien du Musée de la gendarmerie nationale, ces Olympiades ont donné la possibilité aux élèves de deux lycées et d’un collège de présenter un travail de recherche sur la révolte de 1947 et la répression qui a suivi. Cette initiative a permis notamment d’écrire une mémoire de cet événement historique. Parallèlement, la délégation réunionnaise est revenue sur les lieux commémoratifs de la révolte et de sa répression : gare de Moramanga et sites des fosses communes notamment.
C’est donc un retour sur ce dense calendrier que propose REAGIES demain. Rendez-vous à 9 heures à Manapany.

M.M.