Autosuffisance alimentaire

Riziculture : la coopération Japon–Madagascar, un modèle dont La Réunion peut s’inspirer

24 novembre 2025, par Manuel Marchal

Le projet PAPRIZ3, mené par Madagascar et la JICA, a transformé la riziculture : diffusion du Paquet Technique PAPRIZ, rendements jusqu’à 5 t/ha, 84 000 ha modernisés, 4 000 formateurs paysans, renforcement des Associations d’Usagers de l’Eau (AUE) et modernisation de la chaîne de valeur. Un modèle de coopération réussie dont La Réunion pourrait s’inspirer pour renforcer souveraineté alimentaire et organisation locale.

À l’heure où La Réunion cherche à renforcer sa souveraineté alimentaire et à moderniser ses filières agricoles, l’exemple venu de Madagascar offre un éclairage précieux. Les 18 et 19 novembre 2025, la cérémonie de clôture du projet PAPRIZ3 a mis en lumière une réussite exemplaire de la coopération entre le Ministère malgache de l’Agriculture et de l’Élevage et la JICA. Un partenariat qui, en une décennie, a transformé la riziculture du pays grâce à un accompagnement technique, organisationnel et humain d’une ampleur rarement atteinte dans la région.

Organiser les producteurs

Au cœur du projet, un système de vulgarisation en cascade a permis de diffuser massivement le « Paquet Technique PAPRIZ » (PTP), désormais reconnu comme technique officielle nationale. Cette innovation méthodologique a fait ses preuves : dans les zones d’adoption, les rendements ont atteint 5 tonnes par hectare, une progression majeure pour les producteurs. Sur les 200 000 hectares de plaines irriguées concernées, 84 000 hectares appliquent déjà ces pratiques améliorées. L’implication de 400 formateurs techniques, épaulés par 4 000 formateurs paysans, a garanti un transfert de compétences durable et ancré localement.

Le projet a également renforcé l’organisation collective, en accompagnant cinq « sites modèles » dans la structuration des Associations d’Usagers de l’Eau et des organisations paysannes. Les progrès en gouvernance locale, en gestion hydraulique et en coordination communautaire démontrent combien l’efficacité technique dépend aussi de la cohésion sociale. Cette dimension organisationnelle, souvent négligée, constitue l’un des points les plus inspirants pour La Réunion, où la gestion de l’eau et l’entretien des réseaux restent des enjeux majeurs.

La montée en compétence des acteurs a été un autre pilier clé : 60 étudiants en Master II ont bénéficié de formations spécialisées ; la production de semences de base a été améliorée ; l’accès aux semences certifiées facilité. Le renforcement de la chaîne de valeur s’est appuyé sur une collaboration structurée avec 6 fédérations, 80 AUE et 17 coopératives, accompagnée d’une optimisation des plans d’affaires, de la gestion financière et de l’entretien des infrastructures.

Réduire les pertes et améliorer la qualité

En aval, PAPRIZ3 a introduit une modernisation bienvenue : batteuses motorisées, systèmes de stockage améliorés, méthodes 5S/Kaizen dans les rizeries — notamment à Mahitsy — pour réduire les pertes et améliorer la qualité. Le MINAE a d’ailleurs classé officiellement PAPRIZ3 comme modèle national pour la promotion de la riziculture.

Pour La Réunion, cette expérience réussie ouvre plusieurs pistes : renforcer la formation de terrain, diffuser plus largement les innovations techniques, structurer davantage les organisations d’usagers et moderniser les infrastructures locales. Autant de leviers pour bâtir une agriculture plus autonome, résiliente et durable à condition d’arrêter de tout attendre de Paris. Madagascar montre la voie : la coopération, l’exigence et l’organisation peuvent, ensemble, transformer une filière tout entière.

M.M.

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