Entretien avec Rajemison Rakotomaharo, président du Sénat de Madagascar

Technologies du multimédia et co-développement

24 mars 2005

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Invité au 6ème Carrefour de l’Image inauguré lundi soir, le président du Sénat de Madagascar a séjourné deux jours à La Réunion. Mardi en fin d’après-midi, il était au Conseil régional en compagnie de la Consul général de la République malgache, Léa Ravololondratavy. Pendant trois quarts d’heure, le président Paul Vergès s’est entretenu avec ses hôtes de divers aspects du co-développement et des échanges entre La Réunion et Madagascar. M. Rajemison Rakotomaharo est reparti mercredi matin après avoir rencontré le Préfet, Dominique Vian et confirmé la venue, en avril, à La Réunion, du président de la République malgache Marc Ravalomanana, accompagné de chefs d’entreprises et divers opérateurs économiques.

Dans le cadre du jumelage existant entre les villes du Port et de Toamasina, se tiendra cette année une Foire internationale dont vous avez évoqué la préparation avec le 1er adjoint au maire du Port. Certains craignent que les tensions entre Tamatave et le pouvoir central viennent gâcher la fête. Qu’en pensez-vous ?

- Entre le Port et Toamasina, la coopération décentralisée a sa spécificité dans le domaine portuaire et les activités maritimes surtout. Lorsque je travaillais dans le transit et avec les compagnies maritimes, j’ai vu des relations de coopération très fructueuses. C’est aussi à Tamatave que s’est tenue la première et la plus grande Foire internationale de Madagascar. C’était il y a une quarantaine d’années et c’est cette atmosphère-là que les autorités de Tamatave voudraient retrouver lors de la grande Foire du mois d’août prochain. Tamatave est dirigée par le neveu de l’ancien président. Mais sur cet aspect du développement du pays, les autorités centrales sont disposées à réhabiliter la ville, ne serait-ce qu’en termes d’infrastructures : la circulation y est très difficile, il n’y a pas d’assainissement, les rues sont des étangs... Maintenant, la ville essaie de réhabiliter ses équipements urbains et la Foire est l’occasion de le faire. Les dirigeants originaires de Tamatave (sénateurs, députés, maires, et même des cadres et des membres de la société civile) se sont associés pour faire, à l’occasion de cette Foire, un nouveau visage à Tamatave et au pays tout entier. C’était il y a environ une semaine, lors d’une rencontre à Tananarive et la consigne donnée est que tout le monde a intérêt à réussir cette Foire. La mairie du Port apporte son soutien à la réhabilitation du gymnase et du dojo, deux équipements voisins.

Vous avez évoqué des actions de coopération dans le domaine du multimédia, lors de l’inauguration du 6ème Carrefour de l’image. Comment cela va-t-il se manifester, à l’UIM ou dans d’autres projets ?

- Il y a ici cinq étudiants malgache à l’ILOI, encadrés par le professeur Mangalaza, l’ancien recteur de l’Université de Tamatave. Ces étudiants sont pratiquement venus à leurs propres frais et ils ont un soutien logistique de l’ILOI. Ils sont enthousiastes sur leur formation, qu’ils trouvent très sérieuse et dont ils sont fiers. Ils comptent apporter beaucoup à Madagascar avec les technologies du multimédia. Madagascar fera aussi partie du Conseil de l’Université internationale du Multimédia, destinée plutôt aux enseignants et aux professionnels du multimédia. Deux professeurs malgaches étaient présents à ce titre, lors de l’inauguration, l’ancien recteur de l’Université de Tananarive et un géographe actuellement au ministère du Tourisme. D’autres membres devraient les rejoindre à l’UIM, représentant notamment les domaines de la télévision et de la culture. Et en amont du multimédia, il y a tout le domaine de l’électronique et de l’informatique, qu’il faut maîtriser. Cela se voit avec les cinq étudiants malgaches de l’ILOI. Ils ont des formations d’origine différentes et la seule fille du groupe est de formation littéraire. Et en dépit de cette diversité des formations d’origines, les cinq se tiennent de très près, d’après tous les échos qui me reviennent. Si on arrive à mettre en place une École supérieure axée sur les aspects technologiques de la formation, cela peut être très complémentaire et bénéfique pour les pays de la Zone. Cela évitera à nos étudiants d’aller jusqu’en Europe, aux États-Unis ou en Asie du Sud-Est pour acquérir les connaissances de base.

Quel rôle le Sénat malgache peut-il jouer dans cette coopération ?

- En plus de ses fonctions législatives, le Sénat assume la tutelle les collectivités décentralisées : provinces autonomes, régions et communes. C’est dans ce cadre-là que j’oriente mes activités de soutien aux régions et communes de Madagascar, qui veulent engager des actions de coopération. En janvier, j’étais à Bordeaux, pour les deuxièmes Assises internationales de la Coopération décentralisée. J’y ai rencontré le président de l’Association des Régions de France, M. Alain Rousset (Président du Conseil régional d’Aquitaine), qui a le souhait de faire avec Madagascar une coopération décentralisée exemplaire, avec l’accord de l’ARF et l’appui d’un conseiller du Quai d’Orsay. Le président Chirac nous a demandé aussi de voir de plus près la coopération avec La Réunion, pas seulement avec les 22 régions de France. C’est ce que nous allons coordonner au Sénat, dont le vice-président est également très impliqué dans la coopération décentralisée. D’autres villes de Madagascar - Nosy Bé, Antananarivo - sont intéressées.

Comment avez-vous été sensibilisé à la tenue de ce carrefour de l’image ?

- Le professeur Mangalaza m’a fait savoir qu’une présence malgache serait bienvenue. Au Sénat, nous sommes aussi les conseillers économique, social et culturel du gouvernement malgache. C’est ce qui m’a intéressé dans ce festival : son aspect culturel et social. De plus, un de nos compatriotes est le directeur du CNAM (Conservatoire national des Arts et Métiers) du Port et il a attiré notre attention sur ce qui pourrait se faire en matière de téléformation. Il existe déjà une coopération entre le CNAM du Port et le Centre national de l’enseignement à distance de Madagascar. Le CNAM est ici très dynamique et il a eu l’accord de l’UNESCO pour étendre ses formations dans plusieurs domaines. Et donc, le directeur du CNAM a pensé à la coopération avec Madagascar, dans l’idée d’étendre ensuite cette coopération à d’autres pays de l’océan Indien.

Propos recueillis par P. David


Rajemison Rakotomaharo

De l’entreprise à la représentation parlementaire

Rajemison Rakotomaharo est l’un des trente sénateurs nommés par le président Marc Ravalomanana après le changement de gouvernement, en mai 2002. Il vient, comme le président, du secteur privé où il a exercé pendant dix-huit ans dans l’activité portuaire, à Tananarive, puis comme directeur d’agence à Tamatave. Il a ensuite été consultant financier et en gestion pour la Banque mondiale, le Programme de Développement des Nations-Unies (PNUD), l’USAID (Agence américaine pour le développement international), le Bureau international du Travail, l’Agence française de Développement (AFD) ou encore la Fondation allemande Friedrich Ebert à Madagascar.
Il a été le conseiller privé de Marc Ravalomanana dans son entreprise (Tiko) avant de le suivre dans ses fonctions d’élu à la mairie de Tananarive, comme conseiller municipal puis adjoint au maire. Nommé au Sénat, il a été élu au bureau permanent, dont il est le président depuis juillet 2002.
Depuis l’année dernière, il fait partie des cinq parlementaires malgaches (trois députés - dont une femme - et deux sénateurs) qui représentent leur pays au sein du Parlement panafricain dont le siège est à Mitrand (Afrique du Sud), à proximité de Johannesburg. Lors de la deuxième assemblée plénière (2004), il a été élu président régional du Parlement panafricain pour la région de l’Afrique de l’Est et part siéger la semaine prochaine à la première session parlementaire de 2005.


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