Un « Festival des idées » de la Gauche très tendu

Des militants de gauche intraitables face à leurs dirigeants : "La gauche est larguée"

10 juillet 2023, par temoignagesceline

Le mécontentement des militants est hétérogène et porte sur de nombreux sujets, allant de la déconnexion des élites, la division aux européennes et la faiblesse de la gauche face à l’extrême droite, à des sujets de fond sur l’écologie ou l’économie.

Le co-organisateur du festival et ancien député PS frondeur, Christian Paul, avait prévenu lors d’un point presse qu’« On leur a dit aux dirigeants, on ne parlera pas ici des élections, les gens ne sont pas venus pour ça. Il faut écouter avant de parler ».

Les cadres socialistes, écologistes et insoumis ont été sévèrement bousculés par les électeurs de gauche présents le 9 juillet au "Festival des idées" dans la Nièvre. De nombreux doutes existent sur l’avenir de la coalition Nupes.

L’originalité de ce "Festival des idées", plate-forme des gauches politiques et associatives, vise à inverser les débats habituels en donnant une large place aux interpellations du public.

Après une première série de réponse de la patronne des écologistes Marine Tondelier, du premier secrétaire du PS Olivier Faure et de l’eurodéputée LFI, Manon Aubry, une participante dans le public se lève : "Ce que je viens de voir, c’est des discours, uniquement basés sur la peur du Rassemblement national, ça vous obsède, y a que ça...", a relevé l’Agence France presse. Cette dernière a ajouté que "la gauche est larguée depuis tellement longtemps. J’ai failli partir (...) Vous êtes tellement loin [des préoccupations des gens], c’est pitoyable."

Les prises de parole ont confirmé une colère des membres des différentes formations politiques de gauche, et de ceux qui ne sont pas encartés. "Vous êtes complètement fermés sur vous-mêmes, vous échangez entre vous", a indiqué un autre participant.

Ce dernier fait référence aux désaccords réguliers entre les composantes de la Nupes, sur la stratégie électorale mais aussi sur certaines valeurs. "Pour l’instant, le spectacle n’est pas très joli", insiste-t-il.

Un retraité a déclaré que "vous nous écoutez mais vous ne nous entendez pas. Si les questions de la salle étaient différentes, vous auriez eu tous les trois exactement les mêmes réponses". Selon l’AFP, chaque leader a déroulé des arguments connus pour répondre à la problématique initiale : "Dessine-moi une gauche qui gagne".

Manon Aubry a sondé à main levée ceux qui veulent une liste d’union aux européennes. Marine Tondelier, qui ne veut pas de cette union, a proposé, plutôt qu’une "fusion" derrière LFI, une "coopérative" en vue de la présidentielle, à débuter après les européennes, en septembre 2024. Et Olivier Faure a de nouveau demandé à retravailler un projet commun.

Leur seconde prise de parole visait donc à éteindre les contestations. "Je comprends les remarques", a commencé Manuel Bompard, qui a plaidé pour son projet de faire pour la Nupes des "structures locales avec possibilité d’adhésion directe".

"J’entends que vous ne soyez pas satisfaits", a aussi indiqué Marine Tondelier, constatant en politique "un parisianisme, violent symboliquement". Mais elle a réagit en reprochant à la salle de ne pas avoir posé de questions sur le climat.

Olivier Faure a lui aussi regretté : "C’est un peu trop facile de s’essuyer les pieds sur les partis politiques, les partis ce sont les gens qui militent, qui prennent la parole". "Vous nous posez en cinq minutes 14 questions, impossible de répondre en deux minutes", a-t-il continué, concluant par la priorité à ses yeux : "La VIe République, la démocratie au rendez-vous partout et tout le temps".

Des prises de position qui n’ont certainement pas apaisé les tensions, car les discours tenus n’ont pas répondu aux problèmes de fond et à la nécessité de repenser une Gauche gagnante et œuvrant sur des sujets concrets : inflation, guerre en Ukraine, violence policière, racisme, ...

Le co-organisateur du festival et ancien député PS frondeur, Christian Paul, avait prévenu devant des journalistes : "On leur a dit aux dirigeants, on ne parlera pas ici des élections, les gens ne sont pas venus pour ça. Il faut écouter avant de parler".


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