Edito

Accompagnants d’Elèves en Situation de Handicap (AESH) : les méprisés de l’école inclusive

David Gauvin / 4 juin 2021

Précarité, manque de reconnaissance, de statut : la situation des AESH en France est alarmante, alors même que ce personnel est essentiel à l’inclusion scolaire des enfants handicapés.

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Les AESH sont les Accompagnants d’Elèves en Situation de Handicap. Avant 2013, ils et elles étaient appelées AVS (Auxiliaires de Vie Scolaire). Les AESH sont des contractuels de la Fonction Publique d’État. Leur mission est d’accompagner les élèves en situation de handicap à l’école, au collège ou au lycée.

Au début, après la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, les AESH ont été recrutées parmi les assistants d’éducation (« surveillantes »). Puis, on les a recrutées avec soit un contrat de droit public, la plupart en CDD ; soit en PEC-CUI, c’est-à-dire en contrat d’insertion (droit privé). En 2017, on comptait 42 000 AESH en contrat de droit public et 43 000 AESH en contrat d’insertion, pour accompagner plus de 156 000 élèves. Ces personnels travaillant à temps partiel imposé (voir ci-dessous), ces chiffres correspondent à 26 800 équivalents temps plein en droit public et 25 000 en droit privé. Dans les faits, les AESH font en général jusqu’à 6 ans de CDD avant d’éventuellement obtenir un CDI, mais ce n’est pas la règle ; beaucoup cherchent ensuite un autre emploi. Certaines font même d’abord un contrat d’insertion pendant 2 ans, puis enchaînent avec 6 ans de CDD. (Chiffres du rapport de la Cour des comptes de mars 2018).

Contrats précaires, très faibles salaires

Leur temps de travail étant annualisé, les AESH doivent faire 1607 heures sur 39 semaines par an. Pour faire un temps plein, il faudrait donc travailler 41h par semaine. Donc l’immense majorité est en temps partiel imposé : 20h30 (50%), 24h (59%), 32h… Payé au SMIC, ce qui entraîne de très faibles salaires, en plus de leurs contrats précaires. De plus, comme il n’y a que 36 semaines de classe, en fin d’année, les chefs d’établissements demandent aux AESH de rester faire du travail administratif pour compléter leurs heures, alors que cela ne fait pas partie de leur contrat. Cette fonction demande aussi un temps de travail invisible non reconnu : les temps d’échange avec les enseignants, les temps de préparation, d’auto-formation, etc. Il n’y a pas de temps de concertation et de préparation prévu de base dans leurs emplois du temps. Des AESH souffrent également d’une mauvaise image, et l’accueil dans les écoles et les établissements est souvent difficile. Il faut s’imposer, trouver sa place.
Les AESH sont aussi très mal formés : une formation d’à peine 60h par an, qui a souvent lieu après la prise de fonction et est assez superficielle. Il n’y a pas de formation sur les gestes spécifiques à adopter en fonction du type de handicap, ni sur les outils de remédiation à mettre en place. Ils et elles disent qu’il faut toujours être dans la débrouille et l’auto-formation.

Pas de reconnaissance du travail effectué

Malgré les promesses du gouvernement de faire de l’école inclusive "une priorité", les AESH, acteurs pourtant essentiels au bon fonctionnement de cette école inclusive, ne sont pas reconnus à leur juste valeur par le ministère de l’Éducation nationale, malgré une mobilisation forte du personnel. La France est déjà à la traine sur cette question. Les évolutions de l’éducation n’ont rien apporté de nouveau aux AESH. En revanche, elles proposent un dispositif « multi-employeur », qui est d’ailleurs appuyé par la commission d’étude du Sénat. Les AESH pourront travailler sur le même contrat pour : l’éducation nationale sur le temps scolaire, les collectivités territoriales sur le temps périscolaire, les familles ou autres partenaires sur le temps extra-scolaire. Le ministère propose donc aux AESH d’augmenter leur temps de travail pour augmenter leur salaire, au lieu de revaloriser le travail déjà effectué. Quant aux Pôles Inclusifs pour l’Accompagnement Localisé (PIAL) prévus par la loi pour l’école de la confiance, ils inquiètent les AESH car ils et elles pourraient être affectées à un PIAL plutôt qu’à un ou plusieurs élèves. Les PIAL regrouperaient des écoles, collèges, lycées. Pour le moment, il n’est pas précisé clairement comment fonctionnerait un PIAL : qui le superviserait ? Comment seraient recrutées et affectées les AESH ? Comment seraient répartis leurs temps d’accompagnement entre les différents élèves ? Qui évaluerait les besoins d’accompagnement des élèves ? Là où les PIAL sont déjà expérimentés, par exemple dans l’académie de Strasbourg, la logique de mutualisation est très claire, et les AESH sont effectivement affecté.es à un PIAL, et on leur demande « adaptabilité » et « diversité ».

De l’autre côté, nous connaissons de nombreux parents qui se battent depuis de nombreuses années pour que leurs enfants « autrement capables » soient accompagnés dans leur scolarité. L’accompagnement de ces élèves méritent du personnel formé titulaire, justement rémunéré et en nombre suffisant. C’est à cette seule condition que l’on pourra parler d’école inclusive.

[« Je m’accroche à l’espoir que l’école peut être le principal acteur transformant tout handicap en source d’énergie ». Albert Jacquart

Nou artrouv’

David GAUVIN