Edito

Accompagner la filière couture pour pérenniser des emplois

Julie Pontalba / 22 mai 2020

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Le confinement a réveillé notre instinct de survie. Nos aînés ont connu cette situation à l’époque du blocus naval, durant la Seconde guerre mondiale. Ils ont beaucoup souffert de la pénurie, que ce soit pour se nourrir, se soigner ou se vêtir. Dame nature nous offre beaucoup d’opportunités pour nous alimenter. Par contre, que nous apprend le confinement en matière d’habillement ?

Nous devons porter un masque pour sortir. Il s’agit d’un geste barrière pour se protéger et protéger les autres de la transmission du virus. Comme nous ne savons rien de la fin de l’épidémie, le masque devient un accessoire esthétique. Sa confection est donc une opportunité à saisir.

La Mairie de Saint Denis s’est lancée la première dans la confection massive de masques en tissu, réutilisables. L’opération “Fé le mask” a prévu d’en produire 200 000 par des bénévoles et de distribuer gratuitement à la population (150 000 habitants). Les produits sont réalisés selon les normes AFNOR. C’est un projet d’Education Populaire, sous la conduite de professionnels, qui a suscité beaucoup d’intérêts. C’est bon pour l’économie, c’est mieux pour l’écologie.
Emboîtant le pas, le Conseil Général a embauché des couturières en CDD jusqu’au septembre, pour réaliser des masques en tissu. La Chambre des Métiers a souhaité contourner certaines contraintes réglementaires, en important des masques semi-finis. Encore une fois le travail des autres.
La Région quant à elle, a préféré importer des masques à usage unique, fabriqués en Chine. Elle a affrété un avion à 600 000 euros pour récupérer la marchandise. Comme gaspillage de l’argent public, on ne fait pas mieux. Dans le même ordre d’esprit, la grande distribution a commencé la vente de paquet de masques jetables, importés et au prix fort. Quid du traitement des déchets.
Enfin, de manière individuelle ou en structure associative, un certain nombre de personnes se sont mises à confectionner des masques pour leur usage personnel ou pour la vente, à tel point que les merceries ont été à court de stock de tissus et d’élastiques.

Du masque réutilisable fabriqué sur place aux millions de masques jetables importés, la cause est entendue ! En période de crise, les Réunionnais ont démontré qu’ils n’avaient pas besoin d’attendre des produits tout fait de l’extérieur. Ils ont démontré leur capacité à créer, pour peu qu’on leur fassent confiance. Pourquoi arrêter en si bon chemin ? Ils ont montré qu’une filière de confection et bonneterie est parfaitement viable dans l’île. Le savoir faire et la volonté existent ; il manque une volonté politique pour accompagner cette filière locale porteuse d’emplois.

Les masques sont des produits d’appel et, espérons-le, pour un court moment, mais l’objectif serait d’occuper le créneau de l’importation de linges sanitaire, hygiène et prophylaxie, des hôpitaux, cantines, écoles… Blouses, sur-blouses, charlottes, chaussons, draps, serviettes, etc, on peut tout confectionner sur place. On peut parfaitement user de nos intelligences pour recycler du linge afin de satisfaire toutes sortes d’envie dans ce domaine. Il s’agit, mine de rien, de produire pour les besoins d’une population de près de 1 million d’habitants.

Le confinement nous a obligés à changer nos habitudes d’achat. Nous avons été contraints d’agir dans la proximité, avec, disons-le, un certain succès. La semaine dernière, j’ai évoqué l’autonomie alimentaire et la volonté politique. Dans le domaine de la confection aussi nous avons les moyens d’aller vers plus d’autonomie, pour produire et embaucher localement. Dès le lycée on peut structurer une filière de formation. Là encore, ce sont les pouvoirs publics qui doivent soutenir la démarche pour la production et l’emploi. Le marché existe. La main d’œuvre est là. Il manque seulement la volonté politique.

Julie Pontalba