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Afrique du Sud : Desmond Tutu, l’autre grande voix anti-apartheid, fête ses 90 ans

vendredi 8 octobre 2021, par David Gauvin


Prix Nobel de la paix en 1984 pour son combat contre le régime raciste, il a inventé la belle idée de « nation arc-en-ciel » pour caractériser la nouvelle Afrique du Sud démocratique et non raciale.


Il est la dernière figure emblématique encore en vie de la lutte anti-apartheid en Afrique du Sud, depuis la mort de Nelson Mandela, le 5 décembre 2013. Desmond Tutu fête ses 90 ans le 7 octobre. Desmond Tutu est né dans une famille modeste d’un bidonville de Johannesburg. Son père était instituteur et sa mère femme de ménage. Les revenus du ménage étaient modestes, et le jeune Desmond n’a pu entreprendre les études de médecine dont il rêvait. Il a une quinzaine d’années, et passe de maisons de blancs en maisons de blancs, ramasser pour le compte de sa mère le linge à laver. Atteint de tuberculose adolescent, il est hospitalisé plus d’une année. Là il fait la connaissance d’un prêtre britannique, Trevor Huddleston. Le prêtre est proche de Nelson Mandela, et souvent en conflit avec les autorités qui multiplient les actions et décisions ségrégationnistes. Au fil du temps, Huddleston devient la bête noire du pouvoir sud-africain et doit regagner le Royaume-Uni, contraint forcé, en 1955. Il aura été le mentor du jeune Desmond Tutu.

Exit la médecine, ce sera donc l’enseignement comme son père, et Desmond Tutu intègre l’université de Fort Hare en 1950. Une université publique fondée en 1916 afin de permettre à l’époque aux Africains noirs des colonies britanniques de poursuivre des études supérieures.
Après avoir épousé Leah Shenxane en 1955, il entre au séminaire et est ordonné prêtre anglican en 1961. Après quelques années de sacerdoce, il est envoyé à Londres par sa hiérarchie pour des études de troisième cycle. Il revient en Afrique du Sud en 1967, et fait le choix de vivre dans le quartier de Soweto. Lors des manifestations étudiantes de 1968 menées par le Black Consciousness Movement conduit par Steve Biko, Desmond Tutu "a plongé son orteil dans les eaux de la protestation", écrit Andrew McGowan. Les sermons deviennent plus durs à l’égard du pouvoir blanc, et de plus en plus enflammés. "Rien ne nous empêchera de devenir libres, ni les balles de la police, ni les chiens, ni les gaz lacrymogènes, ni la mort. Rien ne nous arrêtera parce que Dieu est avec nous", lance-t-il aux fidèles.

Après l’assassinat, en 1977, de Steve Biko, fondateur du Mouvement de conscience noire et co-organisateur des émeutes de Soweto, Tutu fit le prêche lors de ses funérailles. Il rendit par la suite hommage à Biko et au Mouvement de conscience noire, qui avait attiré l’attention sur la dimension performative du langage et non simplement descriptive, conduisant ainsi les Noirs à se mésestimer eux-mêmes. Tutu participe aux réunions clandestines du Black consciousness movement. Au sein du TEF, Tutu participe aussi au mouvement de Black theology (théologie noire) et s’initie à la théologie de la libération venue d’Amérique latine.
Au cours de plusieurs années de sermons et de prédications, il fait passer « un message de paix et de non-violence ». Il critique aussi bien l’apartheid que les Noirs qui réclament vengeance. Ses prédications contribuèrent à la lutte pacifique menée contre les gouvernements afrikaners, et c’est pour ce combat pacifiste contre le système de l’apartheid, qu’il reçoit le 16 octobre 1984, le prix Nobel de la paix. Pour lui, la paix entre les peuples est la seule voie possible. Auréolé de sa nouvelle stature internationale, le 7 septembre 1986, il est nommé archevêque du Cap, pour l’Église anglicane d’Afrique du Sud, devenant le premier Noir à occuper cette fonction. Cette nomination est critiquée par ses opposants. Il organise alors des protestations contre la ségrégation raciale et des campagnes de boycottage, dont celle du charbon d’Afrique du Sud. Il milite également pour des écoles communes, qui représentent pour lui une étape essentielle dans la réconciliation de l’Afrique du Sud, et contre la réglementation des déplacements des Noirs, les « pass-laws ».

En 1993, à la libération de Nelson Mandela, le travail de l’archevêque va évoluer. Il va prêcher sans relâche la réconciliation, ce que beaucoup lui reprocheront. En 1994, Monseigneur Tutu préside la Commission pour la vérité et la réconciliation. "Son obsession du pardon est dénoncée par une nouvelle génération de Sud-Africains, pour lesquels la population noire a fait beaucoup trop de concessions dans la transition vers la démocratie en 1994, ne demandant pas assez de comptes aux tortionnaires de l’apartheid", écrit l’AFP. C’est lui qui invente la notion de "Nation Arc en ciel". Une métaphore d’un pays qui s’appuie sur l’union de toutes les races, et non par leur fusion. Beaucoup d’observateurs considèrent que ce rêve s’est brisé. La corruption des élites, les inégalités sociales, un chômage endémique, des actes xénophobes à l’égard des Nigérians ou des Zimbabwéens, l’Afrique du Sud traverse une crise sans précédent, qui laisse l’utopie des pères fondateurs bien loin.

« Rester neutre face à l’injustice, c’est avoir choisi son camp, soutenir le statu quo. » Desmond Tutu

Nou artrouv’

David Gauvin


Rencontre entre Olivier Bancoult et l’archevêque Desmond Tutu.



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