Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
4 juillet 2012

TINA : ces lettres ne forment pas seulement le prénom d’une prêtresse de la soul music, mais aussi l’acronyme d’un mot d’ordre cher à Margareth Thatcher, « There is no alternative » — il n’y a pas d’alternative. « Pas d’alternative », c’est évidemment, au néo-libéralisme économique, cette doctrine économique qui, depuis les années 1970 et 1980, fait « consensus » parmi les élites du monde capitaliste. « Pas d’alternative », donc, à l’inéluctable déclin du secteur social au profit du secteur marchand. L’Etat doit, quant à lui, assurer tranquillité et confort aux entreprises… tout en « régulant », non pas les marchés, mais les résistances et les révoltes suscitées par la destruction des conquêtes sociales.
Sans surprise, cette vision de l’économie domine à droite. Mais elle s’est aussi diffusée dans les rangs de la gauche, qui affirme vouloir « corriger les effets pervers » de cette liberté absolue qu’elle reconnaît, elle aussi, au Capital. D’où le casse-tête de la gauche de pouvoir — celle qui refuse de changer la donne économique. Comment concilier la croyance en une économie de marché toute-puissante, que l’on n’ambitionne de ne corriger qu’à la marge, avec les espoirs de transformation sociale du « peuple de gauche » ? Là où les « vrais » ultralibéraux martèlent ouvertement qu’il n’y a pas d’alternative, le social-démocrate, ou social libéral, dit, d’abord, que « nécessité fait loi ».
Le rapport Migaud a-t-il joué ce rôle ? L’oracle comptable, devenu tout-puissant dans les démocraties de marché, a-t-il servi à préparer ceux qui attendent le changement à entendre que, c’est bien dommage, mais finalement « il n’y a pas d’alternative » ? L’avenir indiquera si les mesures de correction des inégalités annoncées pendant la campagne pourront pallier les effets sociaux des coupes budgétaires confirmées hier par Jean-Marc Ayrault.
La question se pose un peu différemment, pour les députés réunionnais issus du Parti présidentiel. Discipline budgétaire ou non, ils sont comptables des engagements pris par le candidat Hollande à La Réunion. Comptables, non seulement de leur propre programme — limité, ils le disent eux-mêmes, à 1/3 des problèmes — mais aussi des engagements pris par M. Hollande envers les Réunionnais, à Saint-Louis. Invité par le PCR, le candidat PS y avait avalisé les propositions communistes, telles que l’autonomie énergétique, l’autosuffisance alimentaire… et la reconstruction du chemin de fer, avec à la clef 6.000 emplois et une véritable reprise économique.
Pas question, donc, de dire aux Réunionnais qu’il n’y a pas d’alternative : les fonds nécessaires à ce grand chantier sont déjà là. Ce sont les 3 milliards obtenus par Paul Vergès au titre du Protocole de Matignon, pour le Tram-Train et la Route du Littoral, chantiers stoppés en 2010 par l’UMP. Des moyens dont François Hollande a, toujours à Saint-Louis, dénoncé le détournement à des fins clientélistes par la droite régionale, promettant leur réorientation vers les projets initiaux. En clair : agissez en Réunionnaises et en Réunionnais, mesdames et messieurs les député-e-s PS, car l’argent de la relance est là. Le discours de M. Ayrault a souligné l’importance de nouveaux modes de transport. Car vous ne sauriez admettre, que La Réunion paie de son développement l’ardoise de la discipline budgétaire.
Geoffroy Géraud-Legros
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