Edito

Anou mèm plantèr La Réunion !

LB / 21 juillet 2007

L’accord de jeudi entre les planteurs et la direction de l’usine sucrière de Bois Rouge sera-t-il respecté et les livraisons de canne pourront-elles reprendre lundi ? Même si c’est le cas, ne nous faisons pas d’illusions et tirons pour l’avenir des enseignements de ce grave incident de début de campagne.
En fait, cette panne à l’usine, qui va faire perdre beaucoup d’argent aux livreurs de cannes du Nord et de l’Est, montre l’injustice des rapports de production entre usiniers et planteurs. Dans ces rapports, les travailleurs de la terre sont des otages des sucriers.

En effet, les planteurs et les usiniers ont besoin les uns des autres, mais lesquels décident de tout et profitent au maximum du travail de leurs partenaires ? Évidemment, ce sont les usiniers.
Ce sont eux qui ont décidé de fermer ces dernières décennies la douzaine d’usines restantes pour n’en garder que deux, et de licencier des centaines de travailleurs. Ce sont eux qui ont imposé, avec la complicité de l’État et de certains syndicalistes, un partage inégal des richesses de la canne, qui a entraîné l’élimination de six planteurs sur dix en moins de vingt ans.

D’un côté, la ruine de milliers de planteurs réunionnais, obligés de quitter la terre pour chercher un travail en ville. De l’autre, les super-profits des usiniers, qui ont utilisé leur accumulation de capitaux pour se lancer dans le commerce et dans la spéculation foncière et immobilière, avec tous les effets sur l’habitat.
Si l’on veut sauver la filière canne - menacée de mort par la diminution des aides financières de l’Europe -, il faut changer ces rapports de production inégaux et respecter les droits des agriculteurs. Anou mèm plantèr La Réunion !

L. B.