APE : quand l’aliénation empêche de défendre les intérêts de La Réunion dans la mondialisation

9 juin, par Manuel Marchal

L’ouverture aux services de l’Accord de partenariat économique (APE) entre l’Union européenne, les Comores, Madagascar, Maurice et les Seychelles soulève une question essentielle : qui défend réellement les intérêts de La Réunion ? Dans ces négociations, l’Union européenne a parlé au nom de notre pays. Or, les priorités de Bruxelles ne sont pas celles d’une ancienne colonie française de moins d’un million d’habitants confrontée à des défis spécifiques comme la pauvreté ou le chômage de masse.

Pour les États européens, situés à plus de 10 000 kilomètres de l’océan Indien, la concurrence des services venus de Maurice, de Madagascar ou des Comores représente un enjeu limité. Pour La Réunion, en revanche, la situation est tout autre. Notre proximité géographique avec ces pays, combinée à des écarts considérables de coûts salariaux, expose directement de nombreux secteurs d’activité à une concurrence accrue et à des délocalisations.

L’Union européenne a naturellement privilégié les intérêts de ses États membres, dont la France, et de ses entreprises, désireuses de renforcer leur présence dans la région. Rien d’étonnant à cela : aucun grand ensemble politique occidental ne sacrifie sa stratégie économique pour protéger une ancienne colonie française qui n’est pas sa priorité. Le véritable problème réside ailleurs : dans l’absence de capacité réunionnaise à peser sur des décisions qui engagent pourtant son avenir.

Alors que d’autres pays de la région défendent leurs intérêts dans les négociations internationales, les Réunionnais ont été largement tenus à l’écart du débat. Cette situation révèle un déficit de conscience collective et de mobilisation autour des enjeux économiques majeurs. Sans représentation spécifique ni stratégie propre, La Réunion demeure dépendante de choix élaborés loin d’ici.

L’APE apparaît ainsi comme le symptôme d’un problème plus profond : l’incapacité de notre paysà faire entendre sa voix lorsqu’il s’agit de protéger son développement, son emploi et son avenir économique dans la mondialisation.

M.M.

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