Edito

Application de l’autonomie en période de crise sanitaire

Mathieu Raffini / 19 août 2020

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Alors que nous subissons notre première réelle vague de contamination due au COVID-19 dans notre île, due à d’énormes manquements politiques vis-à-vis de la situation particulière de notre pays, l’autonomie semble plus que jamais nécessaire pour répondre aux défis posés par cette crise sanitaire.

En effet comme tout le monde le sait, en l’absence d’autonomie, les lois s’appliquent de la même façon où que l’on se trouve dans la République. Or il se trouve que si Paris et le Lot ont des points en commun, notamment le fait de se trouver sur un même continuum géographique, cela n’est pas le cas de La Réunion. Alors à situation particulière, lois particulières.
Cela est d’autant plus nécessaire dans cette période de crise sanitaire. Si nous disposions d’un vrai pouvoir législatif, nous pourrions par exemple réimposer la septaine obligatoire dans des lieux de confinement et ainsi éviter toute dispersion possible de la maladie.
Nous pourrions également contrôler l’accès à l’aéroport, et cela sans demander l’aval de la France, comme le font déjà la Polynésie et la Nouvelle-Calédonie par exemple.

Enfin, et c’est là où l’autonomie prendrait tout son sens, c’est dans l’amélioration de la protection sociale de nos concitoyens. Nous sommes attachés aux conquis de la Sécurité Sociale et souhaitons voir ses missions élargies (ce qui est le contraire de ce qui est actuellement voulu par le pouvoir français) et on peut notamment penser à la question des masques et autres équipements de protection. Ils sont aujourd’hui, sauf cas exceptionnels, payants, et encore faut-il dans ce cas précis être au courant de la mise à disposition de masques qui sont en nombre limité.
Nous pourrions en l’occurrence avec un pouvoir législatif propre aux Réunionnais, décider de mettre à disposition de façon libre et massive l’ensemble des produits nécessaires à la bonne protection sociale de nos citoyens, qu’il s’agisse de masques, solutions hydroalcooliques, visières, protections pour les travailleurs, etc.

A l’issue de cette crise une question devra se poser : l’Etat est-il en capacité de défendre de façon efficace l’ensemble de ses citoyens quel que soit le territoire où il se trouve ?
On avait déjà vu les manquements à Mayotte et en Guyane actuellement et chez nous lors de la crise du chikungunya, il est aujourd’hui évident que la gestion néocoloniale de nos territoires met en danger notre population et ne répond pas aux enjeux importants au moment où ils sont imposés à notre agenda, comme c’est actuellement le cas avec le COVID-19. Dès lors, parce que les décennies à venir sont annoncées comme des années de crises avec certes la crise sanitaire mais également notamment la crise sociale durable et la crise écologique, il est plus que jamais temps de conquérir les outils nous permettant de décider par nous-même et pour nous-même, c’est-à-dire l’autonomie vis-à-vis de la France.

Mathieu Raffini