Edito

’Asé gaspiy nout zénès !’

LB / 8 juillet 2009

Bravo aux 6.593 jeunes Réunionnais, candidats au baccalauréat sur 9.500, ayant appris hier qu’ils ont reçu ce diplôme scolaire. "Témoignages" encourage aussi les 1.937 candidats devant passer les épreuves de rattrapage ; et, à tous les jeunes qui sont tristes d’avoir échoué à cet examen, nous leur disons de ne pas céder au découragement.
D’emblée également nous invitons nos lecteurs à la réflexion sur le sens de ce travail de formation auquel notre jeunesse se consacre. En effet, comme leurs aînés, une bonne partie des quelque huit mille nouveaux bacheliers 2009 vont entreprendre des études supérieures, mais sont-ils assurés de pouvoir œuvrer au service de leur île grâce à un emploi faisant appel à leurs compétences ?

Deux exemples, pris dans l’actualité, relancent cette question : il y a la situation aussi révoltante que dramatique de ces centaines d’assistants d’éducation qui — bien que titulaires de diplômes de haut niveau — sont menacés d’être condamnés au chômage alors qu’ils ont servi les élèves, les enseignants et l’administration pendant parfois plus d’une dizaine d’années ; il y a aussi le cas de ces cinq jeunes interrogés hier par "Le Quotidien" qui, bac en poche, ont suivi de hautes études en France il y a plusieurs années et se demandent depuis s’ils pourront un jour venir travailler à La Réunion.
Ces situations rappellent le grave problème soulevé par Laurent Médéa dans "Témoignages" du 23 février dernier. En sa qualité de président du Groupement des Docteurs et des Diplômés du Supérieur Réunionnais Sans Emploi, le sociologue constate : « 132 personnes titulaires d’un doctorat sont inscrites à l’ANPE ou touchent le RMI, 900 personnes ayant obtenu un Master 2 (DEA) sont dans ce cas, 3.000 titulaires d’une maîtrise et 8.000 diplômés d’une licence sont aussi au chômage ou au RMI et cela débouche sur des dépressions ».

Lorsque des milliers de Réunionnais diplômés se retrouvent ainsi privés de travail et que des centaines d’enseignants — entre autres — s’apprêtent à venir de France pour prendre leur place, que faut-il penser de la politique de l’emploi dans notre pays ? Depuis des années, le PCR fait des propositions concrètes pour changer fondamentalement cette politique et faire respecter le principe du droit à l’emploi pour tous les Réunionnais.
Ces propositions sont remises sur la table à l’occasion des États-Généraux. Pour que le développement durable advienne enfin, il est grand temps que cesse ce gâchis massif de compétences de La Réunion, "asé gaspiy nout zénès !".

L. B.