Edito

Basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest, la fable du pompier pyromane

Témoignages.re / 27 octobre 2020

A l’heure ou l’Est connaît une sécheresse historique, nous devons nous poser la question de la responsabilité. Certes le réchauffement climatique peut expliquer ces épisodes, mais il ne peut à lui seul justifier la faiblesse de la ressource en eau conduisant à des coupures pour la population.

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Le basculement des eaux repose sur le captage des eaux de quatre rivières situées dans les cirques de Mafate (rivière des Galets, bras Sainte-Suzanne) et Salazie (rivière du Mât, rivière des Fleurs Jaunes). L’eau est ensuite amenée par des conduites souterraines sur une distance de 30 kilomètres percées sous la montagne jusqu’à la côte ouest. La galerie se divise donc en deux principaux tronçons que sont la galerie Salazie amont, qui s’étend de la rivière du Mât à la rivière des Pluies, et la galerie Salazie aval, qui s’étend de la rivière des Pluies au bras Sainte-Suzanne (inaugurée en 2006). Une fois transférée, l’eau est récupérée dans un réservoir d’une capacité de 50 000 m3. Ces eaux sont ensuite destinées à l’irrigation de 7 200 ha de cultures et à l’utilisation humaine, par gravité pour les zones situées à moins de 275 mètres d’altitude, et par système de remontée par pompage pour les zones situées à des altitudes supérieures, et ce jusqu’à 660 mètres.

Ce projet initié au début des années 80 n’a été achevé qu’en 2014, il aura coûté près d’un milliard d’euros. Il convient aussi de rappeler qu’au-delà du basculement ce projet fait partie d’un grand projet européen appelé ILO (Irrigation Littoral Ouest). Le basculement en plus de son objectif d’irrigation, sécurise aussi l’approvisionnement en eau des 8 communes de l’Ouest, et c’est là que le bât blesse. Pour faire court, on prend l’eau au pauvre de Salazie pour l’emmener au riche de Saint-Gilles les Bains.

Et maintenant que la ressource s’est tarie, le pompier pyromane veut aller encore plus loin en sécurisant l’approvisionnement du nord une fois encore par l’Est. Il n’est nulle question de remettre en cause l’existant, mais on peut se poser la question de la responsabilité de certains. On ne peut aujourd’hui dédouaner de leur responsabilité les élues de l’Est qui ont laissé tout cela faire sans s’assurer de la sécurisation de l’approvisionnement en eau de leur territoire. Nous pouvons cibler clairement la dynastie qui a régnée sur Saint-André, l’ex-maire conseiller départemental de Bras-Panon mais surtout le maire de Salazie. Il est temps de mettre en œuvre une nouvelle politique de l’eau à la Réunion avec un organisme unique gérant la ressource, les réseaux et l’approvisionnement.

« La route que j’ai suivie, je l’ai suivie sans rien savoir. » Sophocle

Nou artrouv’

David Gauvin



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Messages






  • La presse parle beaucoup du manque d’eau notamment dans l’Est , à Saint André, Bras Panon, La Plaine Des Palmistes etc.. etc... Mais une question me taraude : Manque t-on d’eau à Saint Benoit ? Je suis sûr que sur cette ville, les niveaux des ressources superficielles doivent être également bas et c’est là que l’on comprends mieux l’avantage d’avoir des stations de pompage et surtout avoir fait une interconnexion des réseaux. Loin de moi la polémique mais qu’ont fait certains élus depuis trente ou quarante ans au pouvoir ? Après, il y a plus grave, à quelques kilomètres de ces villes de l’est, on jette des millions de mètres cubes d’eau à la mer à Sainte Rose à la marine. A une époque il y a eu un débat sur la construction de l’usine d’EDF. Ne pouvait on pas la construire à mi hauteur afin de récupérer cette eau qui pouvait desservir certaines communes de l’est. Il n’est jamais trop tard pour refouler cette eau jetée à la mer, les moyens ne manquant pas à la Réunion. Par contre des politiques visionnaires et volontaires, nous n’en n’avons pas beaucoup. C’est grave. Claude.

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  • Je suis tout à fait d’accord avec cette remarque, quel gâchis, ce temps et cet argent perdu, alors qu’il fallait voir plus loin à l’époque de ces prises de décision. Idem pour les égouts, les stations d’épuration sous dimensionnées, les fuites dans le réseau, il y a 30 ans, on lisait par ex qu’à St Paul, la moitié de l’eau envoyée donc payée était perdue dans les fuites, les branchements sauvages. Qu’a-t-on fait depuis ? Le client paie mais le gaspillage persiste ? Tout est lié, c’est comme aussi pour le sempiternel problème des transports, publics, ils pourraient être gratuits comme dans une trentaine de communes en France la dernière est Calais cette année, puis viendra Montpellier, et depuis janvier de cette année, c’est tout le duché du Luxembourg qui a prit cette décision, faut le savoir. On espère un TER péi reliant Ste Rose à St Joseph, pour les passagers, et le fret, créateur d’emplois durables, une bonne idée à copier, un ex pour les autres territoires, voilà, Arthur qui économise l’eau en coupant le robinet, récupérant les eaux de pluie quand elle tombe, ce qui est plutôt rare ces temps-ci. Patience.

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