Edito

Ce 28 juin 2018, l’UE doit clairement choisir entre une avancée civilisationnelle ou un retour à la barbarie

Témoignages.re / 28 juin 2018

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Le discours sur le nombre de migrants qui franchiraient en masse la Méditerranée ou les Alpes pour s’installer sur le Vieux Continent ne résiste pas aux chiffres [1].

Ces discours xénophobes sont à classer parmi les Fake News (“informations” délibérément fausses) mais semblent parfaitement autorisés lorsqu’ils émanent des gouvernements (France notamment) qui votent des lois pour combattre les Fake news.

Ces discours tenus depuis des décennies par les partis d’extrême-droite inquiètent tant par leurs conséquences dramatiques — des pertes de vies humaines par milliers — que par l’attitude d’organisations politiques se réclamant des idéaux républicains et qui — lorsqu’elles gouvernent — se mettent au service d’idées haineuses à l’opposé de ces idéaux républicains proclamés à tout bout de champ mais piétinés sans cesse.

Mardi soir, la chaîne ARTE, dans son journal télévisé, a révélé que des dirigeants de l’UE souhaitaient trouver un accord — financier — avec le gouvernement libyen pour que les réfugiés interceptés en mer par la marine libyenne soient ramenés sur le sol libyen et conduits dans des centres (ARTE n’ose pas dire des “camps”) « situés à la frontière sud de la Libye ».

Or la Libye — minée par une insécurité chronique — est dirigée par deux autorités rivales : le Gouvernement d’union nationale (GNA) basé à Tripoli et un cabinet parallèle installé dans l’Est et soutenu par l’ “Armée nationale libyenne” (ANL), force paramilitaire dirigée par le maréchal Haftar, homme fort de l’Est du pays. Aucune de ces deux autorités n’est capable de maîtriser la situation dans le sud-libyen. Annoncer que les réfugiés interceptés par la marine libyenne seront transférés dans des centres aménagés dans le sud-libyen revient à livrer les rescapés des naufrages aux marchands d’esclaves sévissant impunément dans cette région.

Ce 28 juin 2018, les pays riches de l’Union Européenne sont confrontés à un choix :

« En un mot, le choix est entre la barbarie, même scientifiquement sophistiquée, ou la civilisation enfin pour tous. Devant ce choix que nous vivrons, nous et nos enfants, l’Europe saura-t-elle jouer son rôle politique et moral, c’est-à-dire de porteur de valeurs universelles de civilisation ?
L’avenir proche nous apportera la réponse pour ce 21e siècle qui sera celui de l’égalité ou du recul considérable de la civilisation  [2] »

Jean

[2Paul Vergès : 17 février 1989 Rapport au Parlement européen sur la situation dans le Tiers-Monde. (pp. 315 à 318 « D’une Île au Monde » L’Harmattan 1993)