Edito

Chagos encore oubliées : la faillite de la Commission de l’océan Indien

Manuel Marchal / 11 mars 2020

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Vendredi dernier aux Seychelles, la Commission de l’océan Indien tenait un Conseil des ministres marqué par l’absence des Réunionnais (voir COI : où sont les représentants de La Réunion ? →97324). Un extrait du communiqué publié après le Conseil des ministres rend compte des dossiers qui ont été traités :

« Les travaux du 34e Conseil ont été l’occasion de prendre près de vingt décisions dont les plus importantes sont :
- L’adoption de la Déclaration de Moroni sur l’avenir de la COI ;
- L’adoption du texte révisant l’Accord de Victoria de 1984 ;
- L’organisation d’un Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la COI le 25 juin 2020 en marge des célébrations du 60e anniversaire de Madagascar ;
- L’octroi du statut d’observateur au Japon, à l’Inde et à l’Organisation des Nations unies qui ont formulé une demande en ce sens ; et,
- La nomination du nouveau Secrétaire général de la COI, sur proposition de la France : M. Vêlayoudom Marimoutou qui prendra ses fonctions le 16 juillet. »

Il apparaît donc que la questions des Chagos n’était pas à l’ordre du jour de ce 34e Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien. La lecture du dossier de presse regroupant les principaux points des déclarations des différents intervenants confirme cette absence.
Pourtant, les Chagossiens sont un peuple de l’océan Indien. Chassé de sa terre natale avec interdiction d’y revenir par la construction de la base anglo-américaine de Diego Garcia, le peuple des Chagos a pourtant obtenu une grande victoire depuis le dernier Conseil des ministres de la COI. En effet, après un avis de la Cour de justice internationale reconnaissant l’occupation illégale des Chagos par le Royaume-Uni, et demandant à ce dernier de faire cesser son administration des Chagos, l’Assemblée générale des Nations Unies a voté une résolution qui était un ultimatum adressé au gouvernement britannique : le Royaume-Uni avait jusqu’au 22 novembre pour faire cesser son administration des Chagos, et préparer le retour des Chagossiens dans leur pays. A ce jour, le Royaume-Uni refuse d’appliquer cette décision de la communauté internationale.

Aussi est-il révélateur que la Commission de l’océan Indien n’affiche même pas sa solidarité avec le peuple chagossien. Rappelons que la France s’est octroyée le siège de La Réunion dans l’organisation avec la complicité d’élus réunionnais loin d’être à la hauteur de leurs responsabilités. La France fait partie de l’OTAN, comme le Royaume-Uni et les États-Unis, principaux utilisateurs de la base militaire de Diego Garcia. La logique aurait voulu que la France fasse pression sur ses alliés fidèles pour qu’ils appliquent la décision de l’ONU, ce qui voudrait dire que la France aurait pu être à l’initiative d’une prise de position de la COI en faveur des Chagossiens. Par ailleurs, Maurice avait une très bonne raison d’agir dans le même sens, puisque c’est l’État mauricien qui a porté la question des Chagos à l’ONU. Mais là encore, aucune marque de soutien envers les Chagossiens n’a été observée.

En conséquence, la Commission de l’océan Indien vient de démontrer une fois de plus son inutilité sur la question la plus essentielle de notre région : le retour du peuple chagossien dans son pays. Rappelons que les Chagos font tout de même partie d’une organisation politique régionale : le Forum politique des îles de l’océan Indien. Cette organisation avait fait des Chagos l’invité d’honneur de sa réunion fondatrice, ainsi qu’un membre à part entière. Le Forum politique des îles n’a jamais manqué à son devoir de solidarité envers un peuple frère de l’océan Indien.
Ceci démontre donc qu’il n’est pas impossible pour une organisation politique régionale de soutenir activement la lutte des Chagossiens pour faire respecter leur droit de vivre dans leur pays natal qui est aussi la terre où sont enterrés leurs ancêtres. Mais si la COI persiste à faire comme si les Chagos n’existait pas, se posera alors la question du rôle véritable de cette organisation : au service des peuples de la région ou au service du néo-colonialisme français et de ses alliés ?

M.M.