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Chlordécone aux Antilles, ce scandale d’Etat que l’on veut cacher

mercredi 24 mars 2021, par David Gauvin


Depuis 14 ans, la justice a été saisie de plainte concernant l’importation, le stockage et l’épandage du chlordécone. La perspective d’un possible non-lieu a provoqué un émoi en Martinique et en Guadeloupe. La justice parisienne qui instruit le dossier tente de cacher la responsabilité de l’Etat en prononçant la prescriptions des faits.


Le chlordécone est un insecticide organochloré qui fut utilisé dans les Antilles françaises entre 1972 et 1993 sous les noms commerciaux de Képone et Curlone, pour lutter contre le charançon du bananier. Interdit dès 1976 aux États-Unis, son autorisation de vente en France fut retirée en 1990. Mais la chlordécone (nom du principe actif des insecticides concernés) ne cessa pas d’être utilisée dans les Antilles françaises (Guadeloupe et Martinique) grâce à deux délais d’un an (à validité nationale) obtenus par les producteurs de bananes, puis grâce à un flou dans la législation, jusqu’en 1993. Des ventes illégales ont de plus été dénoncées après 1993. Les sols contaminés des cultures bananières, y compris ceux qui ont été rendus à la culture vivrière, sont à l’origine de pollutions graves des nappes d’eau souterraine, d’aliments pour animaux et de végétaux ; pollutions qui continuent d’empoisonner les populations locales avec des risques avérés de prématurité et de cancer de la prostate.

Parce qu’elle se déroule en milieu isolé et insulaire l’expérience des Guadeloupéens – ou celle des Martiniquais – constitue un cas d’école très suivi par les spécialistes de la santé. La population guadeloupéenne est en effet contrainte sur le très long terme de se nourrir de produits contaminés hors-norme : il s’agit, d’après le Professeur William Dab, d’une situation inédite, unique au monde. Le chlordécone est le toxique le plus répandu dans les cours d’eau aux Antilles et dans le sang des Antillais ; environ 90 % des Guadeloupéens sont contaminés. Selon le Dr Multigner, ces deux particularités sont exceptionnelles car une population entière n’est que très rarement touchée sur une même période de référence par un même toxique. Epidémiologistes, généticiens, cancérologues, et autres spécialistes du monde entier ne cessent de s’y intéresser. Le Dr Multigner estime en outre que le retentissement politique aurait été très différent, si ce territoire se situait en France métropolitaine.

Maintenant, l’Etat cherche à masquer ces responsabilités. Les peuples antillais méritent que les responsables soient jugés, comme avant eux ceux du sang contaminé. Mais la question est maintenant de savoir, pourquoi un produit jugé comme dangereux aux Etats Unies, un des pays les plus laxiste en matière d’environnement, a pu continuer à être utilisé aux Antilles pendant encore prés de 20 ans. On peut dire que c’est la cause du lobbies agrochimique, peut-être, mais comme le dit le Dr Multigner……la raison est peut-être simplement que le territoire n’était pas en France. Pendant ce temps-là, un autre territoire de la zone Antilles a développé des méthodes de lutte naturelles contre le même parasite sans utiliser les molécules dangereuses : Cuba.

« Si tu trembles d’indignation à chaque injustice, alors tu es un de mes camarades.’ Che Guevara

Nou artrouv’

David GAUVIN



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