Edito

Chlordécone et leucose bovine : différences entre la France et les anciennes colonies intégrées à la République

J.B. / 30 juin 2018

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Ce vendredi, une conférence de presse tenue notamment par Michèle Rivasi et Younous Omarjee, députés au Parlement européen, avait pour thème le scandale du chlordécone. Cette démarché s’inscrit dans un mouvement plus large contre les pollutions couvertes par des mesures dérogatoires. Voici la présentation de cet événement :

« Face à l’épidémie de scandales sanitaires et des maladies liées à des facteurs environnementaux, nous avons décidé d’organiser une marche baptisée vérité et justice pour la santé environnementale qui s’est lancée le premier mai de Fos-sur-mer pour arriver à Paris le 30 juin. Parce que les pouvoirs publics, nous mentent, nous désinforment et diffèrent toute action pour réduire l’écosystème toxique qui nous environne, nous marchons pour exiger ensemble des mesures concrètes pour faire face à cette terrible crise sanitaire et pour que soient enfin reconnus et pris en compte dans une politique de prévention les facteurs de risques environnementaux.
Nous avons voulu clôturer cette marche sur le scandale d’Etat que représente le chlordécone.
Le chlordécone est un insecticide cancérogène, perturbateur endocrinien, neurotoxique et spermatotoxique utilisé pour lutter contre le charançon du bananier. Interdit en France dès 1990, il a continué à être utilisé jusqu’en 1993 par dérogation aux Antilles françaises. Un scandale sanitaire qui ne peut pas rester impuni. Réclamons ensemble Vérité et Justice ! »
Un article paru hier sur le site de « l’Humanité » rappelle le résultat d’une étude de Santé publique France publiée en février dernier : « 92 % des Martiniquais et 95 % des Guadeloupéens étaient contaminés par ce pesticide. Puis, entre avril et mai, des résidus de ce même poison étaient retrouvés dans l’eau du robinet des habitants de la commune de Goubeyre, en Guadeloupe ».
Ce poison a été interdit en 1976 aux Etats-Unis, classé cancérogène en 1979, mais seulement interdit plus de 10 ans plus tard en France et 14 ans après dans les plantations de bananes antillaises.
La Martinique détient d’ailleurs un taux de prévalence record de cancers de la prostate, souligné notre confrère. Tout cela à cause d’une dérogation pour satisfaire les intérêts économiques d’une minorité.

Notre île est également concerné par ce décalage dans l’application de la réglementation. En France, quand un animal d’un élevage est atteint de leucose bovine, tout le cheptel est retiré du circuit alimentaire. A La Réunion, la viande peut être consommée.
Ceci rappelle que la Guadeloupe, la Martinique, La Réunion, ce ne sont pas la France. Car dans ces pays, le statut de département n’empêche pas que des décisions impactant la santé publique soit prise en dérogation au droit commun, pour protéger certains intérêts. Il est grand temps que les Réunionnais puissent avoir la responsabilité de décider ce qui est bon pour eux dans les affaires qui les concernent.

J.B.