Edito

Commémoration du 27 avril : quand la France décida d’indemniser les esclavagistes et pas les victimes d’un crime contre l’humanité

J.B. / 28 avril 2018

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Hier, le président de la République a décidé de commémorer l’abolition de l’esclavage hier. En effet, il ne sera pas présent à la cérémonie du 10 mai. Pour la première fois, un président de la République ne participera pas à la commémoration de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Cette journée est la conséquence du vote d’une loi par laquelle la France a reconnu que l’esclavage est un crime contre l’humanité.

Emmanuel Macron a donc choisi 27 avril, c’est le jour de l’année 1848 où la République a promulgué le décret abolissant l’esclavage dans les colonies de la France. Ce 27 avril est également une date qui rappelle que ce crime aurait pu s’arrêter définitivement plus d’un demi-siècle auparavant. En effet, pendant la Révolution française, la Convention a décrété l’abolition de l’esclavage dans les colonies. Cette loi n’a pas été appliquée à La Réunion, car les représentants de la Convention ont été empêchés de débarquer par les esclavagistes. De fait, la classe dominante avait choisi de faire sécession en refusant de reconnaître le droit à plus de la moitié de la population d’être considérée comme des êtres humains.

Elle fut heureuse d’apprendre qu’en 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage. Cette décision fut prise par un personnage considéré comme une grande figure de l’histoire de France. Elle infligea donc un demi-siècle de souffrances supplémentaires, et le dictateur envoya des milliers de soldats combattre les citoyens que la France voulait réduire en esclavage. D’ailleurs, quand Hitler visita Paris à la suite de la défaite de l’armée française en 1940, il rendit hommage à Napoléon Bonaparte en s’inclinant devant son tombeau.

Le 27 avril symbolise également toute la mansuétude de la France de l’époque envers les esclavagistes. En effet, ce ne sont pas les victimes du crime qui ont été indemnisées mais leurs auteurs. Ils ont touché un dédommagement pour chaque esclave devenu citoyen. Plus grave encore à La Réunion, la République a laissé se prolonger l’esclavage pendant la campagne sucrière pour finalement décréter l’abolition seulement le 20 décembre, soit 8 mois après la promulgation de la loi en France.

La commémoration du 27 avril rappelle donc que 170 ans après l’abolition de l’esclavage, la question de la réparation n’a toujours pas été tranchée.

J.B.