Edito

Comment le capitalisme né de l’esclavage crime contre l’humanité peut-il être encore considéré comme le seul système possible ?

David Gauvin / 11 mai 2021

Au lendemain, du 10 mai date retenue pour la « Journée nationale des mémoires de la traite et de l’esclavage et de leurs abolitions », il nous faut repenser le lien entre esclavage et capitalisme. Ce devoir de mémoire nous permet d’envisager un avenir apaisé faisant du coupable le système et non forcément les hommes.

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Sur l’origine du capitalisme, plusieurs théories divergent, mais chacune le fait naitre dans l’ère moderne à la révolution industrielle. Une question fondamentale s’est imposée à tous les historiens : pourquoi le capitalisme et la révolution industrielle sont-ils nés en Europe ? Pourquoi le développement économique ne s’est-il pas produit en Egypte où la vapeur a fait son apparition vers 50 avant J.C. ? Pourquoi le développement de l’usage des chevaux du 11e au 13e siècle ne s’est-il pas traduit par une révolution industrielle, tout comme la mécanisation des moulins en Angleterre au 16e siècle ? Pourquoi l’Europe, alors qu’elle n’a inventé ni les marchands ni les techniques du commerce qui nous viennent des cités sumériennes et phéniciennes ? Pourquoi l’Europe, alors qu’elle était à bien des égards en retard sur la Chine ou sur certains pays arabes sur le plan scientifique et technologique. La réponse à ce questionnement se trouve certainement dans la traite négrière, et les compagnies des indes française, néerlandaise ou orientales auquel les Nations avaient vendu la gestion des colonies.

À partir de 1500 et l’arrivée des Portugais au Brésil s’ouvre l’ère de la traite transatlantique, époque la plus brutale de l’esclavage africain. La traite alimente les plantations esclavagistes américaines de tabac et de café au Brésil et surtout de canne à sucre qui envahissent au 18e siècle l’ensemble des Caraïbes. C’était un commerce profitable malgré les risques. Ceux-ci étaient diminués pour les investisseurs occidentaux (surtout britanniques et français) qui achetaient des « parts » de bateaux : si certains étaient perdus, il en restait au moins une moitié pour assurer des bénéfices. Ce commerce généra des activités multiples. La construction des bateaux devint une industrie essentielle. Elle atteint des sommets vers le milieu du 18e siècle. Liverpool en produit une vingtaine par an. Tous les secteurs de l’économie sont mis au travail dans le circuit de la traite. Glasgow, en Écosse, devient une des capitales du commerce du tabac ; Fribourg, ville de Suisse francophone et catholique, la capitale du fromage de gruyère : elle approvisionnait les bateaux de traite de cette denrée de bonne conservation. La ville de Vitré, en Ille-et-Vilaine, s’était spécialisée dans le tissage des voiles du chanvre fourni en Bretagne pour les bateaux négriers. La confrérie des marchands d’outre-mer de Vitré s’est constituée dès 1492 ; une cheminée Renaissance de 1583 y intègre dans son ornementation deux gousses de cacao, en un temps où ce produit de luxe était encore à peine connu en France.

La traite, à partir du 18e siècle, enrichit les grandes banques d’assurance et de crédit, comme Lloyds à Londres. Elle consolida la banque d’Angleterre et la Banque de France. Elle a largement contribué à l’embellissement des villes portuaires : Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Liverpool, etc. Des grands marchands comme John Bolton ou le chirurgien négrier James Irving ont fait construire de belles maisons à Liverpool, grâce au démarrage du sucre en Jamaïque. D’autres l’ont fait à Bordeaux, Nantes ou ailleurs où ils menaient grand train. Tout fut rentable pour le capitalisme occidental, y compris, paradoxalement, l’interdiction de l’esclavage (1848 pour la France). Britanniques et Français indemnisèrent les planteurs propriétaires d’esclaves de la perte de leur « propriété ». Ce furent des sommes colossales qui permirent a beaucoup de riches planteurs britanniques de réinvestir dans les industries et la finance moderne. Ainsi, la suppression de l’esclavage elle-même devenait bénéfique pour les économies occidentales en mutation. Finalement l’indépendance des États-Unis fut une bonne affaire pour les Britanniques, qui avaient interdit la traite (1807) puis l’esclavage (1835) chez eux, mais qui n’intervenaient pas dans un pays ami qui les fournissait en coton esclavagiste.

La traite négrière a été le moteur du développement du capitalisme. Alors comment un système peut il être bon étant issus d’un crime contre l’humanité. Aujourd’hui le capitalisme et ses nouveaux avatars tue toujours les hommes et épuise la planète, il est donc plus que tant de le dépasser et de construire le socialisme réel. Quant à la question des hommes, ils ne sont que les avatars d’un système.

« Celui qui ne connait pas l’histoire est condamné à la revivre » Karl Marx

Nou artouv’

David Gauvin