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Conversion des centrales thermiques à la biomasse : une étape vers l’autonomie énergétique, mais certainement pas la fin du chemin

lundi 9 août 2021, par David Gauvin


A l’horizon 2023, la centrale thermique de Bois Rouge passera au 100 % biomasse (source d’énergie renouvelable) et abandonnera le charbon. Un projet porté par l’entreprise Albioma, en charge de cette conversion. Avec ses 36 % de charbon et 33 % de fioul, la production d’électricité réunionnaise est trop carbonée. L’utilisation de la biomasse est privilégiée dans l’urgence, sachant les engagements de la France de fermer toutes les centrales au fioul et au charbon pour la fin 2022, mais n’est pas la solution d’avenir.


Très utilisée à l’échelle mondiale, où elle représente 2 % de la production d’électricité, la biomasse est issue de ressources principalement forestières et végétales comme le bois, les céréales ou la paille. En France, elle représente plus de 55 % de la production d’énergie finale renouvelable. Sur l’île, une de ses formes les moins connues est au cœur de la transition énergétique : la biomasse liquide. Elle provient à 70 % de la fermentation des sucres et à 30 % d’ huiles (végétales ou recyclées). Destinée respectivement aux moteurs à essence et au diesel, cette source d’énergie permet également, dans sa version huile, d’alimenter les centrales électriques. Ses avantages sont nombreux : il s’agit d’une énergie renouvelable, neutre en CO2, qui améliore la qualité de l’air.

Les unités de biomasse liquide sont également sûres pour la population et l’environnement : elles ne sont pas classifiées SEVESO. Comme le bioéthanol, le biodiesel produit à partir d’huiles est en effet un produit non-dangereux, non-toxique et biodégradable. À la Réunion, la filiale EDF PEI (production électrique insulaire) d’EDF a développé un procédé permettant d’utiliser de la biomasse liquide durable qui servira à remplacer le fioul lourd utilisé dans la centrale de Port-Est de 212 MW d’ici 2023. Ses moteurs tourneront grâce à l’énergie fournie par des huiles conformes à la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED II), qui fixe des hauts standards de qualité environnementale des produits, tout en assurant une traçabilité de chaque tonne consommée. L’huile de palme sera par ailleurs proscrite.

Les centrales de Bois-Rouge et de Gol, qui fonctionnaient jusque-là principalement avec le charbon en provenance d’Afrique du Sud, tourneront majoritairement avec de la biomasse solide, mélange de bagasse (résidu fibreux de canne à sucre) et de granulés de bois. Si les granulés seront importés des États-Unis, la bagasse continuera à être produite localement et sera complétée par la future filière locale de déchets (bois et végétaux), qui permettra elle aussi de réduire les importations. « Au démarrage, les pellets (granulés de bois) constitueront 70 % du combustible utilisé », précise Frédéric Moyne, président de l’opérateur privé (Albioma) qui exploite les deux établissements. « Mais nous avons la volonté de régionaliser nos approvisionnements […] et donner la priorité à la biomasse locale : la bagasse mais aussi potentiellement, les pailles de canne, les broyats de palettes, la fraction ligneuse des déchets verts, la biomasse forestière. » Grâce aux différents investissements, la biomasse devrait couvrir plus de la moitié de la production électrique de l’île (30 % solide, 30 % liquide), à laquelle s’ajoutent 15 % de solaire photovoltaïque, 17 % d’hydraulique, 4 % de combustion de déchets et 2 % d’éolien. Au total, les énergies renouvelables et de récupération fourniront donc la totalité de l’électricité consommée.

La centrale électrique de Drax, au Royaume-Uni, est passée en quelques années de l’une des usines les plus polluantes du continent à l’une des plus ambitieuses en matière de réduction des émissions de CO2. Mais sa méthode, remplacer le charbon par de la biomasse, est controversée. Selon Michael Norton, directeur du programme environnement du Conseil scientifique des académies des sciences européennes (Easac), le problème de la biomasse est qu’ « il faut entre plusieurs décennies et plusieurs siècles » pour que les nouveaux arbres puissent recapturer tout le carbone libéré lors de la combustion. Et entre-temps, le bois ayant une intensité énergétique plus faible que le charbon, la somme de gaz à effet de serre relâchée est donc plus importante. D’autant plus s’il faut ajouter les émissions liées au transport, Drax important d’Amérique du Nord 80 % des 7,5 millions de tonnes de bois qu’elle brûle chaque année. La biomasse est encore un mal nécessaire, mais ne peut être qu’une solution intermédiaire pour répondre à l’urgence pour nous donner le temps d’industrialiser des process énergétiques nouveaux pour le coup réellement durable. De plus l’utilisation de biomasse importée des États Unis ne nous rend pas autonome en énergie. Le chemin vers le développement durable est encore long.

« Nous n’avons pas hérité la Terre de nos ancêtres, mais l’empruntons à nos enfants. »
Antoine de Saint Exupéry

Nou artrouv’

David Gauvin



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