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par le Dr Raymond Vergès

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COP26 : accord à minima insuffisant face aux défis historiques pour l‘humanité

lundi 15 novembre 2021, par David Gauvin


Les 196 pays de la COP26 ont adopté, samedi, un accord pour accélérer la lutte contre le réchauffement de la planète. Accord qui n’est pas jugé à la hauteur de l’urgence par les associations de défense de l’environnement.


Certes, l’objectif de contenir à 1,5 °C la hausse de la température d’ici à la fin du siècle est maintenu. La déclaration “réaffirme”, en effet, qu’il faut « poursuivre les efforts [en vue] de limiter l’augmentation de la température à 1,5 °C ». Mais les moyens d’y parvenir ne suivent pas. Selon les prévisions du Giec (les experts du climat), la planète se trouve sur une trajectoire “catastrophique” de réchauffement de 2,7 °C par rapport à l’ère pré-industrielle, ou de 2,4° C au mieux, selon une étude publiée en fin de semaine. Dans sa version finale, l’accord appelle les États membres à relever dès 2022 leurs engagements de réductions d’émissions de gaz à effet de serre par rapport à ce que prévoyait l’accord de Paris. Mais il ouvre la porte à des aménagements pour « circonstances nationales particulières », ce qui a suscité une pluie de critiques des associations de défense de l’environnement et des pays les plus concernés par le réchauffement. « La révolution attendue n’a pas eu lieu. Si l’objectif de 1,5 °C reste sur la table, les engagements pris nous mènent toujours vers un scénario catastrophique de réchauffement de +2,4 °C à l’horizon 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, et le texte de décision finale ne contient pas de disposition suffisamment contraignante pour combler rapidement le fossé avec l’objectif de l’accord de Paris », fustige ainsi Greenpeace. « Il n’y a pas de temps à perdre », réagit de son côté la spécialiste argentine du climat Inés Camilloni, une des expertes du Giec.

Autre sujet de mécontentement : le dossier de l’aide aux pays pauvres n’a toujours pas été résolu. Échaudés par la promesse non tenue des pays les plus riches de porter, à partir de 2020, leur aide pour le climat à 100 milliards de dollars par an, les pays pauvres demandaient une compensation financière pour les dommages déjà subis. Ils sont, en effet, les plus touchés par les tempêtes, sécheresses et canicules provoquées par le changement climatique, un phénomène pour lequel leur responsabilité est très faible. Mais les pays développés s’y sont opposés. Et au premier rang d’entre eux, les États-Unis, qui redoutent de possibles conséquences juridiques. Les États pauvres ont fini par céder. Ils ont accepté une poursuite du dialogue afin de ne pas perdre les avancées sur la lutte contre le réchauffement, dont les effets les menacent déjà directement. Mais ils se sont dit « extrêmement déçus ». « C’est une insulte aux millions de personnes dont les vies sont ravagées par la crise climatique », a commenté Teresa Anderson, de l’ONG ActionAid International. « Il y avait d’énormes attentes (…), mais les pays riches les plus responsables du réchauffement climatique, en particulier les États-Unis, se sont bouchés les oreilles », déplore l’association. « Les pays riches, historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre, doivent faire plus », surenchérit le Réseau Action Climat, une fédération regroupant des associations mobilisées contre le réchauffement climatique. Sa responsable chargée des Politiques internationales, Aurore Mathieu, a jugé sur France info, dimanche 14 novembre, que la COP n’a apporté « aucune réponse concrète pour les communautés touchées par le réchauffement ».

Après six ans de négociations infructueuses, les pays se sont mis d’accord sur les règles d’encadrement et de fonctionnement des marchés mondiaux du carbone. Des dispositifs vont permettre d’empêcher que les mêmes réductions d’émissions soient comptabilisées deux fois par les États ou les entreprises. Il fixe aussi des règles de transparence dans ce domaine. Au final, cette COP26 laisse derrière elle comme un goût d’inachevé, particulièrement s’agissant de la prise en compte des pertes et dommages infligés par le réchauffement aux pays vulnérables. « Ce n’est pas assez […]. La catastrophe climatique frappe toujours à la porte », a averti António Guterres, le secrétaire général des Nations unies. « C’est mou, c’est faible, et l’objectif de 1,5 degré est à peine en vie », déplore Jennifer Morgan, la directrice de Greenpeace International. « Le charbon figure dans le texte », se réjouit Laurence Tubiana, l’architecte de l’accord de Paris qui regrette que « cette COP n’ait pas réussi à fournir une aide immédiate aux personnes qui souffrent actuellement ». « Cette COP26 a échoué à combler le manque d’ambition des NDCs [Les « contributions nationales déterminées », les plans climat de chaque État], observe pour Reporterre le politiste et sociologue Stefan Aykut, coauteur du livre Gouverner le climat ? 20 ans de négociations internationales (Les Presses de Sciences Po, 2015). Elle n’aura pas permis produire autre chose que des annonces perpétuelles, dont beaucoup ne sont pas transmises dans les NDCs et sont du recyclage d’annonces passées. » Pour aligner les ambitions à l’urgence, l’accord de Glasgow « encourage » toutes les parties à soumettre dès l’année prochaine de nouveaux plans en phase avec « les objectifs de températures de l’accord de Paris », ce qui laisse la porte ouverte à un objectif à 2 degrés.

La directrice exécutive de Greenpeace International, Jennifer Morgan, semble partager en partie sa déception : « C’est modeste, c’est faible, et l’objectif des 1,5 °C est à peine en vie. Mais un signal a été envoyé : l’ère du charbon touche à sa fin. Et ça compte. » De son côté, le climatologue australien Bill Hare, membre de l’ONG Climate Action Tracker, a fustigé le comportement de l’Inde : « La modification de dernière minute pour remplacer [dans le texte] la sortie du charbon par la diminution de son utilisation est assez choquante. L’Inde bloque depuis longtemps les actions sur le climat, mais je ne les avais jamais vus agir de façon si publique. » Cette volte-face a été une « pilule amère à avaler », mais acceptée « pour le bien commun », a regretté la représentante du Liechtenstein, résumant de nombreuses interventions de délégués. Malgré la déception affichée par beaucoup, certains semblent se satisfaire de ce texte final. C’est notamment le cas de l’envoyé spécial des États-Unis pour le climat, John Kerry, qui juge que « c’est un bon accord pour le monde. Il contient quelques problèmes, mais l’un dans l’autre, c’est un très bon accord ». Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a, lui, estimé sur Twitter qu’il s’agissait d’un « grand pas en avant », même s’il reste « encore beaucoup à faire dans les années qui viennent ». En France, la ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, a salué, sur le même réseau social, « un compromis utile qui finalise les instruments de l’accord de Paris ». « La COP26 aura été une nouvelle étape du combat climatique, même s’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir », a-t-elle ajouté. A notre niveau nous devons montrer l’exemple au monde en prouvant que la neutralité carbone peut être atteinte très vite, encore faut-il le vouloir…d’une île au monde.

« L’humanité a longtemps joué la montre sur le climat. Il est minuit moins une sur l’horloge de l’apocalypse. Nous devons agir maintenant » Boris Johnson

Nou artrouv’

David Gauvin



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