Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
22 février 2022, par

100 milliards de francs suisses, 37 000 personnes ou entreprises, 18 000 comptes bancaires... Ces chiffres qui donnent le tournis sont le résultat d’une enquête menée par un consortium de 48 médias, l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), qui compte notamment Le Monde, The Guardian, le Miami Herald, la Nacion.
Le deuxième groupe bancaire suisse est mis en cause par une enquête internationale menée par des médias d’avoir hébergé, pendant des décennies, des fonds illicites ou criminels, sur la base d’une fuite de données portant sur 18.000 comptes bancaires. Crédit Suisse a fermement rejeté ces accusations qui entache sa réputation, après une annus horribilis en 2021 qui s’est soldée par une perte de 1,6 milliard de francs suisses. L’accusation est grave : la banque aurait joué, sur des décennies, un rôle clé dans le blanchiment d’argent lié au crime et à la corruption. Telle est du moins la conclusion du consortium de journalistes après l’examen de 18.000 comptes hébergés par le Crédit Suisse, appartenant à 37.000 personnes physiques ou morales, depuis le début des années 1940 et la fin des années 2010. Ces conclusions sont basées d’une fuite massive de données (leak), qui ont été remises, de façon anonyme, au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. C’est donc au total quelque 100 milliards de francs suisse d’origine criminelle ou illicite qui auraient transité dans les comptes de Crédit Suisse.
Les fuites se concentrent principalement sur les pays en développement : en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique du Sud et les clients domiciliés en Europe occidentale ne représentent que 1 % du total, précise le journal. Selon Le Monde, il s’agit de l’argent « de dizaines de dictateurs et d’hommes politiques corrompus, de grosses fortunes à l’origine illicite ou douteuse, d’individus et d’entreprises frappés par des sanctions internationales, voire de réseaux criminels ou mafieux ». Le quotidien cite alors quelques noms de personnalités, comme le roi Abdallah II de Jordanie, mais aussi des politiques et des hauts fonctionnaires de Tunisie, d’Egypte, de Libye, de Syrie et du Yémen, à l’époque des « Printemps arabes ». Dans un communiqué, le Crédit Suisse a réagi à ces accusations, affirmant que les données étudiées sont « partielles, inexactes, ou sont prises hors de tout contexte, entraînant une présentation tendancieuse de la conduite des affaires » par la banque. « 90 % des comptes concernés sont aujourd’hui clôturés, dont plus de 60 % avant 2015 », assure la banque, qui précise par ailleurs « mener l’enquête » concernant la fuite de données.
Que la Suisse ait longtemps été le refuge des exilés fiscaux et de l’argent illicite et criminel n’est un secret pour personne. Et ce en raison d’un cadre juridique du secret bancaire particulièrement protecteur, mis en place en 1934, pour officiellement protéger les juifs des persécutions nazies. Il aura fallu attendre 2009, puis 2015, sous la pression des États-Unis, avec la menace d’interdire les banques suisses de toute activité sur le territoire américain (et de mettre en prison quelques cadres d’UBS), pour que le gouvernement fédéral accepte de mettre fin au fameux secret bancaire suisse. Mais ce n’est qu’à partir de 2017 que la Suisse participe au système d’échange automatique d’informations entre les administrations fiscales pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale. Un renoncement régulièrement dénoncé comme partiel par la presse ou des ONG. D’ailleurs, le quotidien suisse de référence La Tribune de Genève a renoncé à participer à cette enquête, en expliquant « qu’une modification d’une loi sur les banques de 2015 empêche les journalistes de travailler avec des données bancaires issues d’une fuite, même lorsqu’elles présentent un intérêt public ». Dans un éditorial, Ariane Drayer, rédactrice en chef de la rédaction de Tamedia souligne qu’on parle bien d’argent sale, issu du crime et s’insurge : « Dans notre pays, au XXIe siècle, lorsqu’un journaliste signale cet argent-là, il est lourdement punissable. C’est inadmissible. »
Un Suédois condamné pour trafic d’êtres humains, un responsable d’un cartel serbe de la drogue, les anciens patrons des services secrets du Yemen et de l’Irak soupçonnés d’actes de torture, ou encore des centaines de politiciens corrompus du Venezuela ou de pays d’Europe de l’Est. La liste de riches clients qui ont caché 100 milliards de francs suisses (96 milliards d’euros) dans les coffres du Crédit Suisse, révélée lundi 21 février par un consortium de médias mené par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung, ressemble à un Who’s Who de personnalités sulfureuses à éviter pour tout banquier intègre. Mais ce n’est pas la réputation d’une seule banque, aussi controversée soit-elle, qui se retrouve ternie par ces révélations. « Ce n’est pas seulement un scandale du Crédit Suisse, mais aussi un scandale suisse », affirme Quentin Parrinello, responsable du plaidoyer justice fiscale pour l’ONG Oxfam, contacté par France 24. Christophe Farquet, historien auteur du livre « Histoire du paradis fiscal suisse », précise que « d’autres banques, qu’elles soient suisses ou des filiales de groupes étrangers installés en Suisse sont également régulièrement soupçonnées d’agissements similaires » Les révélations des « Suisse Leaks » viennent tordre en partie le cou au discours officiel tenu par les autorités suisses ces dernières années sur la « fin du secret bancaire suisse ». « À partir de 2017, la Suisse a commencé à signer des accords de partage automatique d’informations bancaires qui étaient des réels coups portés au principe du secret bancaire », rappelle Christophe Farquet. Ces “avancées” ont valu à la Suisse d’être rayée des infamantes listes noires et grises des « juridictions fiscales non coopératives » de l’OCDE et de l’Europe en 2019. Les révélations du Süddeutsche Zeitung interrogent sur la réalité des efforts helvètes pour sortir de la cour des paradis fiscaux. Ces révélations démontrent, d’après ce spécialiste des paradis fiscaux, à quel point la Suisse reste attirée par l’argent sale issu de la criminalité internationale ou de la corruption dans les pays en voie de développement. Mais au delà de la question éthique, cette enquête démontre de l’immoralité du capitalisme.
« Secret bancaire. Jeu de piste mis au point par les banquiers suisses pour distraire les douaniers français quand ils ont le stress. » Jacques Mailhot
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