Edito

Crise de confiance entre Paris et les outre-mer

J.B. / 28 octobre 2017

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L’arrivée d’Emmanuel Macron en Guyane a été houleuse. Elle est à la mesure de la crise de confiance qui existe entre le pouvoir parisien et les territoires décolonisés en droit par la loi du 19 mars 1946. Au cours des mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, chaque président a annoncé des mesures importantes pour remédier aux problèmes de fonds dans nos pays. Le point de départ était un mouvement social débuté en Guadeloupe qui s’était étendu en Martinique, en Guyane et à La Réunion. Des avancées avaient été obtenues. À La Réunion, c’étaient le RSTA et la prime COSPAR, jusqu’à 200 euros de plus par mois pour les travailleurs ayant un salaire inférieur à 1,4 SMIC. Par contre, rien de plus n’a été accordé aux travailleurs privés d’emploi, aux jeunes et aux retraités. Les États généraux des Outre-mer n’avaient pas changé la donne.

Au cours des cinq dernières années, le mandat de François Hollande a été marqué par une régression. Les 7 députés n’ont pas pu empêcher le gouvernement de supprimer le RSTA et de revenir sur son engagement dans la prime COSPAR. La loi sur l’égalité réelle n’a été finalement qu’un rattrapage de mesures qui devaient s’appliquer depuis déjà longtemps dans les outre-mer. Le mouvement social en Guyane a montré l’échec sur toute la ligne des deux derniers gouvernements. Grâce à la lutte, les Guyanais ont obtenu des avancées, et ont également renforcé la prise de conscience que la responsabilité est plus que jamais nécessaire. Les Guyanais manifestent en effet la volonté de gérer eux-mêmes les affaires qui les concernent.

C’est au moment où le président de la République effectue son premier séjour en Guyane que l’INSEE publie une étude sur l’évolution du PIB à Mayotte en 2014. Il en ressort que le principal moteur de l’augmentation des revenus a été l’extension de la sur-rémunération et la hausse du nombre de personnes bénéficiant de cette mesure. L’extension des prestations sociales arrive loin derrière, car en 2014, le RSA à Mayotte était diminué de moitié par rapport au droit commun. Ces données montrent la reproduction à Mayotte de l’apartheid social en cours en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à La Réunion. Force est de constater que les mêmes décisions produisent les mêmes effets, alors que Mayotte ne cesse de connaître une montée de l’insécurité liée notamment à ces inégalités.

La première déclaration du président de la République en Guyane a été de dire qu’il ne vient pas avec une valise remplie de milliards. Cela signifie également que l’État n’a plus la possibilité d’acheter la paix sociale à coups de milliards. Il est important de souligner que le président de la Commission européenne est également présent en Guyane pour participer avec le chef de l’État à la conférence des régions ultra-périphériques. Or, le gouvernement doit soumettre son budget aux orientations de l’Union européenne. Comme il refuse de faire payer les riches, il choisit de diminuer les dépenses publiques et donc les fonds alloués aux outre-mer par l’État. Face à l’impasse qui se dessine, il est grand temps de mettre en œuvre une nouvelle politique, basée sur la responsabilité. La France fera-t-elle enfin confiance aux peuples des outre-mer pour gérer leurs affaires ?

J.B.