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« Très envie d’emmerder les non-vaccinés » : Derrière l’outrance du locataire de l’Elysée, une société de contrôle à son paroxysme

jeudi 6 janvier 2022, par David Gauvin


Dans un entretien avec des lecteurs du Parisien paru hier, le président de la République affirme avoir « très envie d’emmerder les non-vaccinés ». Ces propos ont électrisé le débat parlementaire sur le passe vaccinal. Le chef de l’État espère s’attirer les faveurs de la majorité des Français avec ces propos, qui lui ont valu les foudres de l’opposition.


Au lendemain de cette interview choc, la majorité fait bloc derrière le président en reprenant ses propos. « Il faut arrêter l’hypocrisie ! Une petite minorité fait peser une menace sur la population, eh bien, oui, y compris pour leur bien, on va les emmerder », s’agace Jean-Marc Dumontet, producteur de spectacles à Paris et proche du chef de l’Etat. A l’Élysée, on se défend de tout “mépris” ou « petite phrase » mais on espère que ce genre de propos « aidera à réveiller certaines consciences ». On se félicite d’ailleurs « des réactions des médecins » qui approuvent ces déclarations. Voilà l’image recherchée par l’Elysée : un président qui va au combat pour protéger les Français. La familiarité du propos est là pour jouer la proximité. « Il faut arrêter de faire les chochottes. Il arrive au président de parler comme les Français et il a compris qu’il était mieux compris par les Français quand il parlait comme eux », assure François Patriat, le chef de file des sénateurs LREM, qui glisse que « du côté des antivax, il y a bien plus brutal ». L’idée assumée est de parier sur cette majorité silencieuse contre ceux qui refusent la vaccination. « 

Mais, au lieu de céder à la manœuvre, il nous faut analyser la stratégie derrière, pour éviter d’entrer dans le piège tendu par le locataire de l’Élysée. On trouve les clés pour comprendre dans la théorie de la société du contrôle de Deleuze. Dans ses derniers textes, le philosophe Gilles Deleuze évoque l’« installation progressive et dispersée d’un régime de domination » des individus et des populations, qu’il nomme « société de contrôle ». Deleuze emprunte le terme de « contrôle » à l’écrivain William Burroughs mais s’appuie pour formuler son idée sur les travaux de Michel Foucault consacrés aux « sociétés disciplinaires ». Dans ces dernières, que Foucault situe aux XVIIIe et XIXe siècles et dont il fixe l’apogée au début du XXe, l’individu ne cesse de passer d’un « milieu d’enfermement » à l’autre : la famille, l’école, l’armée, l’usine, l’hôpital, la prison… Toutes ces institutions, dont la prison et l’usine sont les modèles privilégiés, sont autant de dispositifs propices à la surveillance, au quadrillage, à la maîtrise des individus constitués en « corps » (démographique, politique, salarial, etc.) dociles, insérés dans des « moules ». Le développement des sociétés disciplinaires correspond à l’essor du capitalisme industriel, que Deleuze définit comme un capitalisme « à concentration, pour la production, et de propriété », qui « érige donc l’usine en milieu d’enfermement ».

Or, selon Deleuze, nous assistons à une crise généralisée de ces milieux d’enfermement, concomitante de la transformation du capitalisme industriel en capitalisme « dispersif », de surproduction, « c’est-à-dire pour la vente ou pour le marché », où « l’usine cède la place à l’entreprise ». Ce nouveau type d’organisation, qui s’appuie sur l’évolution technique et le développement des technologies de l’information et de la communication, semble garantir une plus grande marge de manœuvre aux individus, des espaces-temps plus ouverts et flexibles, davantage de mobilité, mais en apparence seulement. Car, contrairement aux dispositifs disciplinaires, qui procèdent par la coercition et la concentration des corps, le mouvement et la liberté de circulation sont les conditions nécessaires à l’exercice d’un pouvoir qui opère désormais par « contrôle continu » de tous les aspects de l’existence et par « communication instantanée ». L’entreprise, fondée sur une idéologie et un mode de fonctionnement spécifiques – la « rivalité inexpiable comme saine émulation » –, y joue un rôle central, et le marketing, qui permet d’influencer les consommateurs, de fabriquer des comportements et de formater les esprits au moyen de techniques toujours plus affinées, est « maintenant l’instrument du contrôle social ».

Dans les sociétés de contrôle, au contraire, l’essentiel n’est plus une signature ni un nombre, mais un chiffre : le chiffre est un mot de passe, tandis que les sociétés disciplinaires sont réglées par des mots d’ordre (aussi bien du point de vue de l’intégration que de la résistance). Le langage numérique du contrôle est fait de chiffres, qui marquent l’accès à l’information, ou le rejet. On ne se trouve plus devant le couple masse-individu. Les individus sont devenus des « dividuels », et les masses, des échantillons, des données, des marchés ou des « banques ». C’est peut-être l’argent qui exprime le mieux la distinction des deux sociétés, puisque la discipline s’est toujours rapportée à des monnaies moulées qui renfermaient de l’or comme nombre étalon, tandis que le contrôle renvoie à des échanges flottants, modulations qui font intervenir comme chiffre un pourcentage de différentes monnaies échantillons. La vieille taupe monétaire est l’animal des milieux d’enfermement, mais le serpent est celui des sociétés de contrôle. Nous sommes passés d’un animal à l’autre, de la taupe au serpent, dans le régime où nous vivons, mais aussi dans notre manière de vivre et nos rapports avec autrui. L’homme des disciplines était un producteur discontinu d’énergie, mais l’homme du contrôle est plutôt ondulatoire, mis en orbite, sur faisceau continu. Partout le surf a déjà remplacé les vieux sports.

Macron, plus que le Président des riches, est celui des sociétés de contrôle. Il atteint à nos libertés et divisent le peuple pour continuer à servir immodérément la « sainte finance ».

« Être de gauche c’est d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi ; être de droite c’est l’inverse. » Gilles Deleuze

Nou artrouv’

David Gauvin



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Messages

  • Le rôle du président de la République n’est pas d’emmerder les citoyens qui ne sont pas d’accord avec lui mais plutôt de leur proposer d’autres solutions qui leur conviendraient mieux .

    Quand on sait que les personnes déjà vaccinées peuvent être contaminées et transmettre la maladie aux autres on peut se demander pourquoi s’acharner à rendre obligatoire la vaccination pour tout le monde .
    Certes, il faut prendre toutes les mesures qui peuvent arrêter la circulation du virus mais tant que les gens vaccinés peuvent attraper la maladie et la transmettre aux autres, l’obligation de se vacciner devient une atteinte grave à la liberté de chacun .

    Avant de soumettre au parlement un projet de loi sur le pass vaccinal, peut être que l’on ferait mieux de consulter le conseil constitutionnel qui est habilité à nous dire si ce projet de loi est conforme à notre constitution et respecte bien nos droits fondamentaux . Si le président de la république refuse de consulter lui même le conseil constitutionnel, il suffit que 60 dépités ou sénateurs se mobilisent dans ce sens pour remettre les pendules à l’heure .

    Ceux qui sont au pouvoir ne sont pas là pour emmerder les gens pour parvenir à leur fins . Si on tolère ce genre de dérapage on ouvre la porte à la dictature de ceux qui nous gouvernent .

    En tout cas bravo à monsieur Poudroux notre député de Saint Leu pour son intervention à la télévision hier soir sur ce dérapage présidentiel .


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