Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
11 février 2022, par

La première phase des élections régionales en Uttar Pradesh débute ce jeudi 10 février. À deux ans des élections générales et après la terrible épidémie de Covid-19 qui s’est abattue sur le pays, ce scrutin a valeur de test pour le Premier ministre indien, Narendra Modi.
« La bataille pour l’Uttar Pradesh – présentée comme la demi-finale avant les élections générales de 2024 – a débuté aujourd’hui », écrit New Delhi Television sur son site Internet. La première phase des élections régionales dans cet État, le plus peuplé de l’Inde, s’est en effet déroulée ce jeudi 10 février. Le scrutin, qui se déroulera en sept phases, a valeur de test pour le Parti du peuple indien (BJP) du Premier ministre indien, Narendra Modi, qui a fait de cet État un laboratoire de l’hindutva, cette idéologie qui défend la suprématie hindouiste. Lors des dernières élections, en 2017, la victoire du BJP avait placé à la tête de l’exécutif de l’Uttar Pradesh un moine fanatique, Yogi Adityanath.
Nommé par Narendra Modi en 2017, ce moine qui prêche la haine contre les musulmans est une figure clé et grand favori de ces élections régionales. Depuis son ascension au pouvoir dans l’Uttar Pradesh, il a attisé les divisions interconfessionnelles pour séduire les électeurs hindous, qui représentent 80 % de l’électorat. « Il va même au-delà de ce que Narendra Modi avait osé faire dans le Gujarat », analyse Jean-Joseph Boillot, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste de l’économie indienne. « Il a mis en œuvre trois mesures phares : l’interdiction de l’abattage des vaches, sacrées pour les hindous. C’est la principale occupation des musulmans. Tout d’un coup, 40 à 50 millions de personnes ont donc été privées de leur revenu de base. La deuxième mesure a été la loi sur la citoyenneté qui vise à donner la nationalité uniquement aux hindous. La troisième grande mesure a été l’interdiction des mariages interreligieux qui oblige les couples qui veulent se marier à prouver qu’ils sont de la même religion », détaille-t-il.
L’hindutva, inventé par l’idéologue d’extrême droite Vinayak Damodar Savarkar en 1923, le mot désigne l’“hindouité”. Un projet politique forcément tiré par les cheveux – et artificiel – puisque, à proprement parler, l’hindouisme ne repose ni sur un livre ou un texte fondateur, ni sur aucun ensemble de commandements ou de principes fondamentaux. L’hindouisme était un tissu à la fois chaotique et délicat de mythes, de superstitions, de poésie épique et mystique, de philosophie, de coutumes barbares et de traditions exaltant la vie. Le mot dharma, généralement employé dans les langues indiennes pour signifier “religion”, fut interprété par Rabindranath Tagore (1861-1941, grand poète et compositeur bengali, Prix Nobel de littérature 1913), de manière poétique et peut-être exacte à l’époque, comme “mode de vie”. Savarkar – et déjà avant lui Vivekananda (mystique et philosophe (1863-1902)) – avait l’ambition de faire de la religion une force masculine (et donc déterminée et nationaliste). Cette dimension masculine lui a survécu et a influencé l’hindouisme de façon discrète au cours d’une bonne partie du XXe siècle. Pendant presque tout le siècle dernier, les hindous paraissaient largement satisfaits de l’“ambiance” hindouiste. Mais, dans les années 1980, le Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien, formation nationale-hindouiste) a exhumé, puis politisé, le concept d’“hindouité”. Le terme de hindutva s’est alors imposé avant tout comme un instrument contre l’Autre. Mais, alors que par le passé l’Autre était le colonisateur, il s’est transformé en un personnage anonyme appartenant à la minorité musulmane ou chrétienne.
Au nom de la protection des femmes hindoues et des vaches sacrées, une milice à la solde de Yogi Adityanath, la « Hindu Yuva Vahani », sème la terreur dans la communauté musulmane. Pour Yogi Adityanath, surnommé le « prêcheur de la violence » par la presse indienne, la campagne électorale se résume à une bataille « 80 % contre 20 % » à savoir la majorité hindoue (80 % de la population) contre la minorité musulmane (20 %) : « Il n’a pas explicitement parlé de musulmans, mais il a fait référence aux 20 % d’antinationaux et de criminels. Tout le monde comprend alors qu’il fait référence aux musulmans. C’est sa manière d’associer les minorités religieuses au crime, au désordre et au manque de patriotisme ». Yogi Adityanath se rêve déjà en successeur de Narendra Modi. En cas de large victoire, il serait en effet bien placé pour remplacer un jour l’actuel Premier ministre. Au sein du BJP, son nom est souvent cité. Selon les sondages d’opinion, le BJP devrait conserver sa majorité à l’assemblée de l’Uttar Pradesh qui compte 403 membres, ce qu’aucun autre parti n’a réussi à faire depuis 1985. Mais les jeux sont loin d’être faits, selon Jean-Joseph Boillot, fin connaisseur de l’économie indienne. Car dans cet État très pauvre, l’inflation et le chômage record pourraient jouer un mauvais tour au BJP et à son moine extrémiste : « Yogi Adityanath part favori, mais les divisions à l’intérieur de l’Uttar Pradesh ont créé des remous, il y a eu des meurtres dans des villages. L’Inde est aujourd’hui à feu et à sang, et cela a eu des répercussions sur la situation économique de l’Uttar Pradesh qui aujourd’hui n’est pas bonne du tout. » En tout cas, nous ne devons pas importer chez nous les divisions que crée le BJP au sein de la nation Indienne.
« Il est trop facile de faire des suggestions et d’essayer par la suite de se soustraire à leurs conséquences. » Jawaharlal Nehru
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