Edito

Encore un héritage du colbertisme

Philippe Yee-Chong-Tchi-Kan / 20 juin 2020

JPEG - 44.5 ko

La petite histoire de l’application StopCovid illustre à merveille un mal bien français : son terrible centralisme.

Pour résumer, deux choix s’opposaient : un serveur centralise la totalité des données des téléphones, les compare et renvoie des alertes quand nécessaire ; ou, une application autonome fait le travail sur chaque téléphone, sans serveur central et uniquement avec les données qui le concerne. Ce deuxième choix est plus sécurisé, car les données sont dispersées sur des millions d’appareils. Il est aussi plus économique et plus facile à déployer car Apple et Google se sont associés pour proposer une solution gratuite. La très grande majorité des États l’ont adoptée. Au contraire, le premier choix, que seule la France a fait en Europe, est plus fragile en termes de sécurité, sans compter qu’il est plus compliqué à mettre en place (comités de pilotages, nouvelles lois, autorisation de la CNIL…) et plus cher en conception et en maintenance (il faut bien payer Orange, Capgemini, Dassault Systèmes, Sopra Steria et Sia Partners, avec l’argent des contribuables). De plus, on apprend maintenant que l’application collecte énormément de données non prévues…

Cette préférence de la superstructure centralisée autour de « champions nationaux » budgétivores se retrouve dans d’autres secteurs qui gagneraient à être déconcentrés.

Prenons l’exemple du traitement des eaux usées. Les autorités locales ont créé un mastodonte de station d’épuration à Cambaie Saint-Paul ; et, pour le rentabiliser, ont construit des kilomètres de canalisations pour acheminer les eaux usées jusque depuis les hauts de Trois-Bassins. Pourtant des solutions existaient pour des micro-stations d’épuration collectives bien moins chers et plus écologiques, qui auraient pu être installées dans plusieurs quartiers, pour une meilleure performance de la dépense publique et le portefeuille des contribuables-usagers.

Philippe Yée-Chong-Tchi-Kan