Esprit critique

10 décembre 2004

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Comme l’ont dit mercredi la Région Réunion et son président Paul Vergès, dans l’affaire d’Air Bourbon, il y a aujourd’hui deux priorités :
1) reclasser le personnel de la compagnie mise en liquidation judiciaire, afin que les 165 salariés ne perdent pas leur emploi ;
2) respecter les droits des quelque 20.000 passagers ayant acheté des billets d’Air Bourbon et faire en sorte qu’ils puissent voyager ou être remboursés.
La mise en œuvre de ces deux priorités relève de l’État. Car c’est lui qui a accordé l’autorisation de naviguer à cette compagnie aérienne insuffisamment capitalisée. Et c’est lui qui est responsable de l’application des lois, comme la loi sur le droit au travail ou l’interdiction de voler l’argent des consommateurs.
En outre, les salariés, les clients, les actionnaires et l’ensemble des Réunionnais ont droit à toute la vérité sur cette affaire : qui a creusé le trou annoncé de 7 millions d’euros et où est passé l’argent des passagers ?

Au-delà de ces problèmes essentiels à régler d’urgence, une autre question de fond se pose : comment le patron d’une entreprise a-t-il pu mener en bateau pendant dix-huit mois et jusqu’à la dernière minute une grande partie des décideurs locaux et parisiens, des médias et de l’opinion ? Où est notre esprit critique ? Où sont notre faculté et notre devoir de douter, et donc de penser ?
L’expérience nous montre que trop souvent dans notre pays, le premier charlatan ou bateleur venu est capable de jouer sur les peurs, les fantasmes, les préjugés, la crédulité et le manque d’information des gens pour satisfaire ses ambitions.
En ce 20ème anniversaire de l’Académie de La Réunion, est-ce trop demander que le système éducatif se donne comme priorité la formation du sens critique et de l’esprit de responsabilité des citoyens ? C’est une garantie pour l’avenir.

L. B.


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