Edito

Et si on parlait du statut de résident ?

Mathieu Raffini / 7 octobre 2020

Dimanche dernier a eu lieu le 2e scrutin d’autodétermination de Kanaky Nouvelle-Calédonie. Si les résultats sont ceux qu’ils sont et ont déjà été longuement analysés, ils permettent de remettre sur le devant de la table un élément : oui, la Constitution permet pour ce pays une très large dévolution des pouvoirs et un statut particulier. Et si cela est possible pour eux, on peut être en droit de considérer que cela peut être possible pour tous les peuples d’Outre-Mer.

JPEG - 70.4 ko

Entendons-nous bien, nous ne sommes pas dans la même configuration que les habitants de Kanaky, ne justifiant à priori pas la nécessité, par exemple de scrutin d’autodétermination.
Néanmoins, des éléments pourraient être récupérés pour être utilisé par notre peuple, en particulier le statut de résident, lié à celui de citoyen.

Les Accords de Nouméa ont créé une citoyenneté calédonienne propre au territoire, qui n’est pas la même que la citoyenneté française. Il faut en effet justifier de 10 ans de résidence sur le pays, ou d’y être né pour pouvoir avoir accès à certains droits, notamment la question du vote aux élections provinciales - le scrutin d’autodétermination étant lui sur une liste électorale semi-gelée depuis 1994 -, et une grande protection pour l’accès à l’emploi pour les citoyens qui sont, et c’est logique prioritaires dans l’accès à l’emploi et disposent de concours spécifiques pour l’accès à la fonction publique.
La question, qui peut nous intéresser également du droit à la propriété (pour l’immobilier ancien) est actuellement en discussions.
C’est par ailleurs l’élément principal qui a été retenu par l’Assemblée Territoriale de Corse pour protéger leurs habitants de la spéculation immobilière galopante sur place. La Corse n’étant pas une collectivité, mais le statut de résident corse a été refusé par la France.

Mais à l’heure où la France se doit de donner de nouveaux gages à ses peuples colonisés ou néo-colonisés, et où nous nous devons d’arracher de nouveaux droits, prenons au mot le gouvernement quand il parle d’adaptation législative via la différentiation, en débat au Parlement (on notera au passage que les réactionnaires font bien leur travail en excluant La Réunion des débats, mais cela est une autre question…) et inspirons-nous de l’exemple de Kanaky pour améliorer la situation de nos concitoyens !
Nous souhaitons bâtir une communauté de destin avec toutes celles et ceux n’étant pas que de passage dans notre pays, alors dans ce cas, pourquoi ne pas pousser à créer un statut mixte, n’allant pas jusqu’à la citoyenneté pleine comme en Kanaky, mais plutôt sur un simple statut de résident, bien moins polémique ?
On pourrait par exemple considérer que toute personne n’étant pas présente depuis 5 ou 10 ans ou n’étant pas née sur le territoire et y possédant des intérêts matériels et moraux ne pourrait avoir droit à une certaine catégorie d’accès à la propriété, ceci afin de nous protéger de la spéculation immobilière qui fait tant de ravages au peuple Réunionnais. De même, cela pourrait permettre de mieux protéger les travailleuses et travailleurs, quand on sait que le principe d’« à compétence égale, l’emploi local doit être favorisé » n’est qu’une vaste promesse. Avec ce statut, cela deviendrait obligatoire car encadré par la loi.
Bien des exemples sont encore possibles et cela pourrait être source d’un grand débat, mais retenons-cela : des exemples existent dans la République, il y a une dynamique et nous pouvons nous en inspirer pour lutter contre la néo-colonisation et ainsi faire avancer notre pays.

Mathieu Raffini