État d’urgence à La Réunion

10 novembre 2005

Incendies, destructions, violences : la France est en plein chaos. Si le mal-être des banlieues n’est pas nouveau, les provocations d’un ministre de l’Intérieur, assoiffé de popularité et de pouvoir, qui menace de "kärchériser" ces "racailles", qui se lance à matraques rompues dans une chasse aux immigrés, ont mis le feu aux poudres. A-t-on jamais entendu le peuple menacer de nettoyer l’Élysée au kärcher ?

Pour rétablir l’Ordre républicain, le Premier ministre adopte, quant à lui, sa consensuelle attitude : beaucoup de fermeté avec un soupçon de concession. Fermeté en décrétant l’état d’urgence, le couvre feu dans les zones sensibles ; semblant de concession, en rétablissant les crédits des associations de quartiers, derniers refuges d’une jeunesse en mal de repères.

Dans notre département, salué par les ministres en escale, pour son modèle de tolérance, la richesse de son pluriculturalisme, la splendeur de ses paysages, sévissent un taux de chômage record, une situation du logement alarmante, une précarité grandissante qui côtoie l’opulence d’un petit nombre avec indécence. L’état d’urgence devrait aussi être décrété à La Réunion, non pas celui d’un couvre feu incapable d’étouffer des braises ancestrales, mais celui de l’urgence sociale, celui de l’urgence humaine, celui de l’action pour le droit au respect et à la dignité des citoyens de la République, fussent-ils Réunionnais.

Estéfani


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Témoignages - 82e année


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