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par le Dr Raymond Vergès

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Face aux nouvelles mutations du virus : adopter la stratégie zéro Covid

mardi 30 novembre 2021, par David Gauvin


L’arrivée potentielle d’un nouveau variant, mais aussi l’explosion de l’épidémie à la Réunion démontrent que la stratégie mis en place est mauvaise.


Le nouveau variant Omicron du coronavirus présente « un risque très élevé » au niveau mondial, a prévenu lundi l’Organisation mondiale de la santé, et le G7 réunit en urgence ses ministres de la Santé à Londres sur la question. La liste des pays où Omicron est détecté ne cesse de s’allonger, notamment en Europe, après des premiers cas repérés en Afrique australe courant novembre, poussant de nombreux États à suspendre les voyages vers cette région et instaurer des restrictions préventives. « A ce jour, aucun décès associé au variant Omicron n’a été rapporté », souligne l’OMS dans un document technique publié lundi. Mais « étant donné les mutations qui pourraient conférer un potentiel d’échappement à la réponse immunitaire tout comme possiblement donner un avantage en termes de transmissibilité, la probabilité qu’Omicron se répande au niveau mondial est élevée ». L’organisation, qui craint « de futurs pics de Covid-19 », avait dès vendredi classé le variant “préoccupant”, les données préliminaires suggérant qu’il présente « un risque accru de réinfection », ce qui prendra « plusieurs semaines » à vérifier. La pandémie a fauché plus de cinq millions de vies dans le monde depuis son apparition fin 2019 en Chine.

Les chiffres de la semaine écoulée montrent que la circulation du Covid-19 poursuit son intensification à La Réunion. Du 13 au 19 novembre, le taux d’incidence atteint 219/100 000 habitants (contre 152,6 la semaine précédente) et le taux de positivité à 4,3 % (contre 3,8 % la semaine précédente). La Réunion fait désormais partie des 20 départements les plus concernés par la recrudescence de l’épidémie. Le territoire se distingue aussi par des pratiques de dépistage très développées et en progression continue d’une semaine à l’autre (plus de 4 000 dépistages en 1 semaine). Sur les 7 derniers jours, les admissions quotidiennes sont également en augmentation, avec une évolution marquée en service de réanimation Covid, dont l’occupation a doublé en une semaine pour atteindre 18 patients. La semaine dernière, 2 décès liés à la Covid-19 étaient à déplorer. Le taux d’incidence hebdomadaire est également en forte hausse à 219/100 000 habitants (contre 152,6 la semaine précédente), au-dessus du seuil d’alerte de 200/100 000 habitants. Le nombre de dépistages réalisés sur la semaine est en nette augmentation, soit 43 772 tests réalisés, chiffre le plus haut depuis la période du pic d’épidémie en août dernier. Le pays recense en moyenne 14 nouvelles contaminations chaque jour, 2 % du pic des infections – le nombre moyen le plus élevé de cas de contamination quotidiens a été reporté le 11 août. Il y a eu 59 148 cas de contamination et 381 décès liés au coronavirus recensés dans le pays depuis le début de l’épidémie.

Les bilans hebdomadaires diffusés par la Préfecture font apparaître plusieurs fois la même coïncidence : une hausse des contaminations dues à la COVID-19 quelques semaines après un pic de fréquentation de l’aéroport. Il est également à noter que la vaccination et le Pass sanitaire devaient contribuer à favoriser le retour à la normale. Les chiffres montrent le contraire.
 Par ailleurs, il est à souligner qu’entre mars 2020 et fin août 2020, tous les instruments mis en œuvre n’ont pas été capables de détecter une circulation du virus à La Réunion, ce que les mêmes instruments ont été en mesure de faire à partir de la fin de la première période de pic de fréquentation de l’aéroport. Pendant ce temps, la France était déjà gravement contaminée depuis mars 2020. En prenant du recul et en constatant la situation chez nos voisins, les faits suivants sont à noter. Pendant plus d’un an, Maurice a fermé ses frontières. Durant cette période, aucune épidémie de coronavirus n’y était à déplorer. La réouverture des frontières n’a concerné que les personnes vaccinées. Depuis lors, Maurice doit faire face à une épidémie et à des décès. La réouverture des frontières a pourtant été précédée d’une importante campagne de vaccination visant notamment toutes les personnes en contact avec les touristes. Tous ces faits interrogent sur la pertinence de la stratégie imposée depuis mars 2020 aux Réunionnais. N’est-ce pas là que se situe la principale faille dans la lutte contre l’épidémie, et non pas dans le supposé non-respect des consignes par les Réunionnais ?

Dès l’hiver 2020, à mesure que le virus SARS-CoV-2 étendait son emprise, le monde s’était divisé sur les défenses à lui opposer. Deux contre-attaques, aux antipodes l’une de l’autre, avaient été développées. L’une, ultralaxiste, consistait à « laisser filer » l’épidémie dans l’espoir d’atteindre une immunité collective, comme au Royaume-Uni ou en Suède. L’autre, dite « zéro Covid », avait été choisie par les pays d’Asie du Sud-Est, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Leurs contours géographiques, souvent en forme d’île ou de presqu’île, étaient, il est vrai, favorables à ce repli.
Cette approche vise à écraser la courbe de circulation du virus. Dans un premier temps, il s’agit d’imposer un confinement très strict pour atteindre un taux infime de nouveaux cas. Ensuite, plusieurs leviers sont actionnés pour juguler les nouveaux clusters : verrouillage des frontières, limitation des rassemblements, port généralisé du masque, triptyque « tester, tracer, isoler » (TTI). Si les signaux sont au vert, les zones exemptes de virus sont rouvertes, au cas par cas, mais restent soumises au régime TTI. Dès qu’un foyer est détecté, tout est fait pour l’éteindre au plus vite. Malgré trois cas confirmés à Hong Kong, les experts chinois de la santé publique ont exprimé leur confiance en leur capacité à faire face à ce nouveau variant que l’OMS a présenté comme un « risque très élevé » pour le monde. Zhang Wenhong, un expert en maladies infectieuses de Shanghai, a déclaré qu’Omicron n’aurait « pas d’impact majeur sur la Chine pour le moment ». La stratégie actuelle du pays vers le zéro cas permet de « faire face à divers types de variants », a écrit l’épidémiologiste dimanche sur son compte Weibo. Visiblement le fait de vouloir éperdument adapter une stratégie pensée pour un continent sans prendre en compte notre géographie a conduit à la mort de 381 personnes dans notre île. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d’autres la politique d’intégration est arrivée à son terme et ne peut plus nous apporter les solutions à nos problèmes. Il est grand temps de définir un projet Réunionnais pour et par les Réunionnais. C’est dans ce cadre que nous aurions pu opter pour la stratégie zéro Covid et aussi adopter un vaccin qui rassure plus, par exemple en permettant plusieurs types de vaccin selon le choix de chacun.

“Plaider l’ignorance n’enlèvera jamais notre responsabilité.” John Ruskin

Nou artrouv’

David Gauvin



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