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Genocide au Darfour : 10 ans après le Soudan remet Omar Al-Bachir à la Cour Pénale Internationale

jeudi 12 août 2021, par David Gauvin


Le Soudan va remettre l’ancien autocrate Omar Al-Bachir et deux autres dirigeants à la Cour pénale internationale (CPI), qui les recherchait depuis plus de dix ans pour génocide et crimes contre l’humanité lors du conflit meurtrier au Darfour.


La guerre du Darfour est un conflit armé qui a débuté le 26 février 2003 par la prise de Golo par le Front de libération du Darfour, dans la région du Darfour, située dans l’Ouest du Soudan. Les origines du conflit sont anciennes et liées aux tensions ethniques qui débouchent sur le premier conflit du Darfour de 1987. Bien que le gouvernement soudanais affirme que le nombre de morts se situe aux environs de 10 000, les États-Unis, Israël et le Canada soupçonnent que ce conflit couvre un génocide ayant fait environ 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés dont 230 000 réfugiés au Tchad. La Commission d’enquête de l’Organisation des Nations unies sur les violations des droits de l’Homme perpétrées au Soudan parle de crimes contre l’humanité. Constatant que la justice soudanaise ne peut ou ne veut rien faire pour y remédier, elle transmet le dossier à la Cour pénale internationale (CPI).

Le Darfour est une région du Sahel qui se trouve à l’ouest du Soudan : 7 millions de personnes y vivent ; la région a un très faible niveau de développement : seulement un tiers des filles et 44,5 % des garçons vont à l’école primaire. La découverte du pétrole dans cette région a suscité les convoitises. Si le conflit a largement été décrit en termes ethniques et politiques, il s’agit aussi d’une lutte pour les ressources pétrolières situées au sud et à l’ouest. Les raisons du conflit sont multiples et liées entre elles : une origine climatique et environnementale, un phénomène de sécheresse dans tout le Sahel, qui s’amplifie et de désertification qui a commencé depuis les années 1970 ; un pays vaste et mal unifié, le Soudan. Le pouvoir central néglige les peuples de la périphérie qui se révoltent. Il contrôle les conflits locaux afin de satisfaire certains de leurs intérêts.

Après trente ans d’un règne sans partage, M. Al-Bachir, 77 ans, a été renversé en avril 2019 par un mouvement populaire inédit déclenché quatre mois plus tôt par le triplement du prix du pain. En février 2020, le pouvoir de transition militaro-civil mis en place après sa chute avait pris l’engagement verbal de favoriser sa comparution devant la CPI, qui a émis il y a plus de dix ans des mandats d’arrêt contre lui et d’autres figures de l’ancien régime, pour « crimes contre l’humanité », « crimes de guerre » et « génocide » au Darfour. Avant sa chute, l’autocrate avait plusieurs fois défié la cour en voyageant à l’étranger sans être arrêté.

Depuis la chute de M. Béchir, plusieurs scénarios avaient été envisagés pour le juger. M. Hamdok avait notamment suggéré en octobre 2020 la création, au Soudan, d’un « tribunal hybride » composé de magistrats de La Haye et de juges soudanais. Déjà reconnu coupable de corruption en décembre 2019, l’ex-président est actuellement détenu à la prison de Kober, à Khartoum. La justice va enfin faire son œuvre de réparation symbolique. Mais on peut se demander si demain ce ne sera pas le génocide climatique qui va peupler les audiences de la CPI. Le réchauffement climatique est maintenant un fait inattaquable. Les conséquences pour les populations sont du même ordre d’horreur. Les dirigeants doivent savoir que leurs actions présentes les engagent pénalement pour l’avenir. Pour finir, on peut s’interroger sur le délai tellement long pour juger le responsable de 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés.

« La justice imprime la paix, la force provoque la résistance ». Louis de Bonald,

Nou artrouv’

David Gauvin



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