Edito

Grève à Albioma : quelle autonomie énergétique sans contrôle réunionnais des moyens de production ?

J.B. / 29 novembre 2017

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Centrale thermique de Bois Rouge. Pendant la campagne sucrière, elle produit de l’électricité avec un produit de la canne, la bagasse.

Hier à l’initiative de la CGT-EDF, une grève a été lancée dans les centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge ainsi qu’en Guadeloupe. Les travailleurs ont été contraints à cette action pour faire avancer des revendications portant sur les conditions de travail. Ils soulignent en effet le manque d’effectif et un dialogue impossible avec la direction. Pour sa part, le propriétaire des centrales indique qu’il a voulu lancé les négociations et rejette la responsabilité du blocage sur les syndicats. Malgré tout, force est de constater que la situation sociale au sein de cette entreprise est si difficile, que les centrales ont cessé de fonctionner alors que des réquisitions avaient été faites. En conséquence, jusqu’à 85.000 abonnés à EDF ont été privés de courant une partie de la journée hier.

À La Réunion, les centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge sont les filiales d’une société française, Albioma, dont le siège se situe à la Défense, près de Paris. A juste titre, les syndicalistes estiment que c’est à Paris que les décisions se prennent, et demandent donc à discuter avec le siège central. Cela veut dire que la démarche de la direction de la filiale est superflue, car pour les travailleurs, ce n’est pas elle qui est le véritable interlocuteur sur les points de revendication.

Albioma s’appelait à l’origine Société industrielle pour le développement du charbon (SIDEC), spécialisée dans les centrales électriques. Elle devint Séchilienne-SIDEC après l’entrée au capital de la première société dans la seconde. Enfin en 2013, le groupe change de nom avec un mot, Albioma, plus en rapport avec la notion de développement durable mettant en avant la biomasse, une matière première minoritaire dans les centrales thermiques du groupe à La Réunion. Ce groupe est contrôlé par des actionnaires pour qui notre île n’est pas le principal centre d’intérêt.

C’est bien là que se trouve le fond du problème. En effet, le secteur de l’énergie est stratégique pour un pays. Or, les deux principales entreprises de production d’électricité, Albioma et EDF, ne sont pas réunionnaises et c’est la France qui continue d’autoriser l’ouverture de centrales thermiques. Paris a permis à EDF de construire celle du Port, et à Albioma la turbine à combustion dans le Sud. Et quand un problème de dialogue social se pose, il est nécessaire de discuter avec une direction située à 10.000 kilomètres de La Réunion. Les Réunionnais supportent les conséquences de cette situation. Il serait en effet bien plus logique que ces questions de conditions de travail et de politique énergétique puissent se régler entre Réunionnais, car nous sommes les premiers concernés. En effet, quelle autonomie énergétique sans contrôle réunionnais des moyens de production ?

J.B.