Edito

Haro sur les moustiques !

Témoignages.re / 16 janvier 2006

Samedi dernier, “Le Quotidien” - organe préféré de la Préfecture pour sa communication payante - se fait l’écho de l’inquiétude des services de santé de l’État concernant le nombre de victimes du chikungunya : il y a "une nette accélération du phénomène". "Début janvier c’étaient 500 cas par semaine et là on est passé à 700". Soit 100 nouveaux malades par jour. En un mois, cet accroissement a été multiplié par 2. Changeant aussitôt son fusil d’épaule et se joignant enfin à “Témoignages” et au “JIR”, “Le Quotidien” s’écrie à son tour : "Chikungunya : l’épidémie explose". Mieux vaut tard que jamais !
Télés, radios, quotidiens et magazines n’ont de cesse, depuis déjà plusieurs mois, de se faire les interprètes des maux endurés par les victimes (actuelles et futures) de cette épidémie aux si lourdes séquelles. Désormais, Préfecture et DRASS reconnaissent l’inefficacité des moyens de lutte si chichement consentis aux collectivités. Jeudi 19 janvier, promis-juré, la guerre va enfin commencer... contre les moustiques. Espérons que le déclenchement de cette offensive marquera également la fin de la stigmatisation des Réunionnais accusés d’être coupables de l’extension de l’épidémie et de ses ravages.
Mettre un terme à une telle stigmatisation romprait enfin avec une “tradition” historique à La Réunion. Depuis la période coloniale, aux yeux de nombre de décideurs, le Réunionnais est toujours responsable de ce qui ne va pas dans l’île. Le Réunionnais “fait trop d’enfants”, c’est un “paresseux”, un “assisté”, un “ivrogne”, un “délinquant”, un être “inculte” et “incompétent”.
Cette volonté de culpabiliser et ce mépris à l’encontre des Réunionnais font penser à ce rejet de l’Autre que dénonce l’écrivain et journaliste polonais Ryszard Kapuscinski dans “Le Monde diplomatique” de ce mois. Et d’ajouter : "la bonne disposition envers un autre être humain est l’unique façon de faire vibrer la corde de l’humanité commune".
Au 11ème mois de l’épidémie, n’est-il pas temps de dire : “Halte au feu !” contre les Réunionnais et “Haro sur les moustiques” ?

L. B.