Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
21 mars 2022, par

Depuis un an, les prix de l’énergie (essence, électricité, gaz) ont explosé et cela se voit sur la facture des ménages en fin de mois. Le gouvernement a multiplié les aides pour aider les plus pauvres. Comment expliquer cette hausse des prix ? Comment lutter contre ?
Fin 2021, l’INSEE prévoyait une augmentation de 41 % du prix du gaz, de 21 % pour l’essence et +3 % pour l’électricité. Derrière ces chiffres, une réalité de plus en plus compliquée pour certains Français. Selon l’Insee, chaque foyer a vu ses dépenses d’énergie augmenter de 64 euros par mois. La flambée des prix pourrait se répercuter sur tous les autres biens de consommation, comme l’explique Julien Pouget, de l’Insee. « On s’attend à une hausse des prix des produits manufacturés et des produits alimentaires. » Début 2022, l’inflation devrait s’élever à 2,5 % selon les dernières estimations. Des économistes sont parvenus à chiffrer les conséquences de la guerre en Ukraine sur le pouvoir d’achat des ménages et sur leurs factures d’énergie en fonction de l’approvisionnement de l’Hexagone en gaz russe ou non, et les nouvelles ne sont pas réjouissantes. À en croire les calculs d’Euler Hermes, filiale du groupe Allianz, les prix pourraient augmenter de 70 % si l’Europe devait cesser d’importer du gaz russe. La facture énergétique des Français atteindrait alors 3 800 euros en moyenne, soit une baisse de 3 points du pouvoir d’achat des ménages, précisent nos confrères.
La Réunion est isolée au niveau de son réseau électrique. Notre département n’a pas vraiment le choix, car il ne peut être relié au réseau national. « A à la Réunion, le coût de production est de l’ordre de deux fois celui qui est en métropole. On est un système isolé, on ne peut compter que sur nous même, d’où un coût plus important à La Réunion », explique Bettina Laveaux – chargée de communication à EDF Réunion. Malgré tout, le tarif de vente est le même ici qu’en France. Aujourd’hui, pour un coût de production de 200 euros le mégawattheure, l’électricité est vendue à 101,60 euros/MW aux particuliers.
La différence est compensée par un fonds de compensation alimenté par une taxe payée par tous les usagers des vendeurs d’électricité : la contribution au service public d’électricité. Néanmoins, produire un seul mégawatt à La Réunion coûte pas moins de 200 euros. Alors la question du gaz russe nous intéresse car si le tarif de l’électricité augmente en France, ce sera mécaniquement le cas à La Réunion.
Les décideurs européens l’assuraient : la concurrence ferait baisser les prix du gaz et de l’électricité, au profit des ménages comme des entreprises. Il se produit l’inverse depuis les années 2000. Le 19 décembre 1996, les pays de l’Union européenne adoptent une directive concernant les « règles communes pour le marché intérieur de l’électricité ». Pour gérer ce monopole naturel, beaucoup d’États membres ont bâti un service public intégré, qui assure la production, le transport et la distribution. Mais Bruxelles veut instaurer « un marché de l’électricité concurrentiel et compétitif ». Moins de deux ans plus tard, une autre directive amorce la privatisation du gaz. La méthode a été mise au point par des économistes de l’école de Chicago, expérimentée au Chili, puis au Royaume-Uni. Elle met en œuvre deux principes. La « séparation patrimoniale » vise à isoler des activités précédemment intégrées au sein d’une même entreprise publique de façon à les rendre indépendantes les unes des autres. Sujet d’une attention particulière, les activités de gestion des réseaux doivent être séparées, comptablement puis juridiquement, pour offrir un traitement « équitable » à tous les producteurs et fournisseurs qui se feront concurrence sur les marchés dérégulés. Au cours des années 2000, Réseau de transport d’électricité (RTE) et Électricité réseau distribution France (ERDF, à présent Enedis) sont détachés d’Électricité de France (EDF). Chez Gaz de France (devenu GDF Suez après sa privatisation, puis Engie), le réseau de gazoducs à haute pression et les activités de distribution sont transférés respectivement à GRTgaz et Gaz réseau distribution France (GRDF). Ce qui conduit à ce que l’EDF vend à perte une grande partie de l’électricité à des fournisseurs qui refacturent l’usager au prix du marché. On tombe sur la tête.
Plus récemment, Bruxelles a voulu encourager un nouveau type d’offres commerciales dit « de tarification dynamique ». Dans ce système de facturation, les prix de Bourse sont répercutés en temps réel (heure par heure) sur le consommateur grâce à la technologie des fameux compteurs communicants de type Linky. La directive européenne du 5 juin 2019 ne se contente pas d’autoriser cette tarification dynamique, mais l’impose à « chaque fournisseur qui a plus de 200 000 clients finals ». Ce mode de calcul reporte sur les ménages, les collectivités et les entreprises consommatrices le risque de Bourse. Le remplacement progressif de tarifs régulés par des prix de marché n’a rien d’un changement anodin. Dans l’« ancien monde » de l’électricité, celui du service public français, les tarifs sont définis de façon à fournir les consommateurs au meilleur prix tout en permettant à EDF de réaliser les investissements nécessaires au bon fonctionnement du réseau. L’opérateur historique utilise ses moyens de production suivant un « ordre de mérite » : les moins chers à faire fonctionner (l’éolien, le solaire, l’hydraulique au fil de l’eau et le nucléaire) sont appelés en premier, les plus chers (les centrales thermiques) en dernier. L’État applique ensuite une régulation tarifaire qui fixe les prix payés par les consommateurs, qui reflètent un « coût complet » et optimisé du mix énergétique. Avec la Bourse de l’électricité, il en va tout autrement. Le cours du mégawattheure varie en permanence au fil de la journée en fonction de l’offre et de la demande. En période de pointe de consommation, le marché peut offrir des profits faciles aux gestionnaires de centrales thermiques ou hydroélectriques qui assurent l’équilibre du réseau européen. Pour un opérateur avide, il est tentant de réserver la mise en route de ces centrales aux moments où les prix sont les plus hauts… et donc de tirer encore davantage les cours à la hausse. Ils ont inventé que l’électricité était une marchandise comme une autre soumise au trading à la micro seconde.
La crise actuelle montre l’impasse du modèle néolibéral, il faut revenir à une maîtrise publique de l’énergie qui travail sur le temps long et investit sur l’avenir.
« Le libre-échange intégral et la démocratie sont incompatibles, tout simplement parce que la majorité des gens ne veut pas du libre-échange. Donc, soit la démocratie gagne et on renonce au libre-échange, soit on supprime le suffrage universel parce qu’il ne donne pas les résultats souhaités par les libéraux. » Emmanuel Todd
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