Edito

Hausse prévisible des tarifs de l’électricité, la preuve flagrante que la mise en concurrence du secteur de l’énergie ne profite pas aux consommateurs mais aux spéculateurs.

David Gauvin / 21 septembre 2021

Selon une étude de l’UFC-Que Choisir, révélée par « Le Parisien », les tarifs réglementés de l’électricité pourraient augmenter de 10 % au début de l’année prochaine.

Après l’augmentation « inédite » des prix du gaz au 1er septembre (+ 8,7 %), les tarifs réglementés de l’électricité, fixés par les pouvoirs publics, vont-ils bondir à leur tour ? C’est en tout cas ce que craint l’UFC-Que Choisir qui, dans une étude dont les chiffres ont été publiés ce lundi par « Le Parisien », estime que les tarifs TTC de l’électricité pourraient augmenter de 10 % dès le début 2022. Une hausse qui, selon l’association de défense des consommateurs, se traduirait par une augmentation de 150 euros sur la facture annuelle d’un foyer de quatre personnes se chauffant à l’électricité en France. Mais cette hausse prévisible concernera aussi tous les Réunionnais.

Pour expliquer cette hausse, plusieurs raisons sont avancées. Dont, en premier lieu, la flambée des prix de l’électricité sur les bourses européennes qui, mercredi, selon RTE, en charge du transport de l’électricité sur le réseau, ont atteint un pic à plus de 196 euros le mégawattheure, contre 60 euros en 2019, avant la crise du Covid-19. L’UFC-Que Choisir pointe également l’insuffisance du volume d’électricité d’origine nucléaire qu’EDF a obligation de revendre à prix fixe à ses concurrents, mais aussi « le mille-feuille de taxes et autres contributions qui pèsent pour un tiers sur la facture ». Sur ce dernier point, l’association, qui a lancé une pétition en ligne intitulée « TVA sur les taxes énergétiques : halte à l’escalade fiscale », appelle d’ailleurs les consommateurs à se mobiliser.

La libéralisation du secteur de l’énergie s’inscrit dans le vaste mouvement de libéralisation des industries de réseaux (télécommunications, réseau postal, transport aérien, transport ferroviaire) engagé dans les années 80 par le tandem Thatcher-Reagan en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Le fondement quasi « philosophique » de ces réformes est d’offrir aux consommateurs la liberté de choix de leurs prestataires.Ces réformes menées par la Commission Européenne depuis les années 90 s’inspirent notamment de la théorie dite de « La Main invisible » définie par l’économiste Adam Smith. Pour ce courant éminent de l’économie, la recherche par des agents économiques en concurrence de leurs intérêts privés conduirait à l’intérêt général grâce aux bienfaits d’une « Main invisible ». Les mécanismes de marché permettraient donc une allocation optimale des ressources. La création du marché unique européen de l’énergie est à l’origine de l’idée même de libre concurrence au sein du marché commun instauré par le Traité de Rome en 1957.

La réalité est bien plus complexe que la vision idéaliste de la Commission. Si les marchés de gros sont de plus en plus intégrés, les dysfonctionnements sur les marchés de détail sont patents. Les consommateurs sont « gagnants », s’ils bénéficient de baisses de prix à qualité de service équivalent. Or, les prix de fourniture de gaz et d’électricité suivent une tendance haussière dans la quasi-totalité des pays européens.Quels intérêts les fournisseurs d’énergie auraient-ils à s’engager dans une guerre des prix ? Comment peut-on s’étonner qu’une entreprise privée cherche à maximiser son profit ? Ces comportements sont facilités dans la mesure où la consommation d’électricité est dite « inélastique » (une hausse des prix n’entraîne pas une diminution de la demande à court terme), qu’il n’existe pas de substituts à l’électricité sur l’ensemble de ses usages, et que le bien est non stockable. En l’absence de substituts, la demande est dite « captive ». La libéralisation a ainsi conduit à la recherche de la maximisation du profit et à un risque d’accentuation de la précarité énergétique alors même que l’électricité est un bien essentiel. Alors le chèque énergie ne servira lui qu’à masquer les causes réelles de cette hausse qui devrait se poursuivre jusqu’en 2025, ou les marchés de d’énergies seront totalement ouvert à la concurrence. Le dogme libérale a crée un monstre sans nom, qui poussera de plus en plus de Réunionnais « dann fé nwar ».

« Le libéralisme contemporain profite aux riches ; et à personne d’autre."Gilbert Keith Chesterton

Nou artrouv’

David GAUVIN