Témoignages - Journal fondé le 5 mai 1944
par le Dr Raymond Vergès

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Honnêteté

mercredi 26 mars 2003

À plusieurs reprises, le président de la Région Réunion a été amené à exposer sa propre vision des Régions ultrapériphériques (R.U.P.). Plutôt que de souligner comme traits distinctifs des RUP les retards qu’elles accumulent par rapport aux régions européennes - dont un Produit intérieur brut bien plus faible -, Paul Vergès mettait en exergue les handicaps qui marquent ces régions : exiguïté des territoires, éloignement des principaux marchés solvables, principalement. Outre les difficultés qui pourraient être temporaires et effacées dans le temps, le président du Conseil régional insistait sur des caractéristiques appelées à être permanentes, à durer. Mais il ne manquait pas une occasion de souligner l’avantage que les RUP ainsi que l’Union européenne peuvent tirer de la position géographique des territoires ultrapériphériques et de leur statut au sein de l’Union européenne.
Il a toujours plaidé pour que La Réunion valorise à fond l’atout découlant de sa situation au cœur d’un océan Indien en pleine évolution. En jouant plus précisément un rôle d’interface entre l’Europe, l’Afrique, l’Asie et le Sud-Ouest de l’océan Indien.
Proposant des démarches identiques pour la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, les Açores, Madère et les Canaries, Paul Vergès proposait que les RUP deviennent des « frontières actives » de l’Union européenne dans leur environnement géo-économique. Lors de la dernière rencontre des présidents de RUP aux Canaries, lui reconnaissant la paternité de l’expression, le commissaire européen Michel Barnier déclarait son intention de reprendre systématiquement dans ses discours ou déclarations la nouvelle terminologie pour caractériser les RUP.
Dans le rapport qu’il vient de rédiger sur ces mêmes RUP, Jean-Paul Virapoullé reprend à son compte l’expression. Mais à la différence de Michel Barnier, il n’a pas l’honnêteté de dire à qui il l’emprunte.
Sans doute aussi ne mesure-t-il pas encore totalement ce que cette définition des Régions ultrapériphériques marque comme rupture avec une vision traditionnelle. Celle qui, par exemple, fait de La Réunion une « vitrine » de la France et de l’Europe dans l’océan Indien. Sans doute aussi, le sénateur-maire de Saint-André n’a-t-il pas encore évalué toute l’incohérence consistant, d’une part, à déclarer que La Réunion, comme les autres RUP, doit être une « frontière active » de l’Europe dans l’océan Indien après avoir fait voter, d’autre part, lors de la révision constitutionnelle, un amendement qui réduit considérablement la marge de manœuvre de notre île.
De son fait, le sénateur-maire de Saint-André a contribué à affaiblir considérablement l’argumentation soutenue auprès de Bruxelles pour la prise en compte de nos spécificités. Il a pris, sur le plan législatif, une initiative qui est en complète contradiction avec l’idée qu’il défend dans son rapport. Mais on sait qu’il n’a jamais été à une contradiction près.


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