Edito

Il y a 150 ans naissait une République coloniale

Manuel Marchal / 5 septembre 2020

Pour de nombreux peuples situés sur tous les continents, la création de la 3e République marque la fondation d’un régime : la République coloniale.

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Gravure vendue en France commémorant l’invasion de Madagascar.

La France a commémoré hier le 150e anniversaire de la fondation de la 3e République, le 4 septembre 1870. Si elle avait été proclamée à l’Hôtel de Ville de Paris, c’est le Panthéon qui avait été choisi hier pour accueillir la commémoration présidée par le chef de l’État.

Cette 3e République est née d’une défaite militaire. Il suffit que l’Empereur des Français fut fait prisonnier par les armées allemandes à Sedan pour que s’écroula un régime né d’un coup d’État militaire. Dès sa naissance, ce nouveau régime eut les mains souillées par la répression des Communes qui se constituèrent à Paris, Marseille, Lyon et d’autres villes de France. Sur les marches du Panthéon, un député qui soutenait la Commune dut se mettre à genou avant d’être exécuté, au nom de cette République. La Commune ne faisait que revendiquer une République sociale, qui fut reconnue dans la Constitution de 1946.

Pour détourner « le Coq français » d’une volonté de revanche contre le jeune Empire allemand, ce dernier le laissa conquérir le second Empire colonial. En 1885, la République s’asseyais à la table du Congrès de Berlin où les empires et royaumes européens se partagèrent l’Afrique. 10 ans plus tard, bénéficiant de la neutralité du Royaume-Uni qui venait d’obtenir la possibilité de coloniser Zanzibar, et de l’Empire allemand qui avait sa zone au Tanganyika, la République avait les mains libres pour envahir Madagascar depuis ses têtes de pont de Mayotte et de La Réunion. Le Royaume de Madagascar fut détruit, remplacé par la colonie de Madagascar et de ses dépendances. Et pour « montrer l’exemple », le général Galliéni qui représentait la République dans la Grande île fit fusiller le prince Ratsimamanga et le ministre de l’Intérieur Rainandriamampandry, tandis que Ranavalona III était exilée ainsi que le Premier ministre.
Ailleurs en Afrique, la République occupait une grande partie de l’Ouest du continent, ainsi qu’une partie de la région centrale. Dans tous ces pays, la République mit en place le Code de l’indigénat, qui rétablissait de fait l’esclavage qui avait été aboli par une autre République en 1848. Ce régime permettait en effet aux colons et à la France de bénéficier du travail forcé.

Ainsi, le 4 septembre 1870 marqua la fin d’un régime impérial pour les Français, et le début de la République coloniale, qui fut le régime imposé à tous les pays occupés par les armées françaises. La vague de décolonisation s’accompagna de nouveaux rapports entre la Métropole et ses colonies. Le ministère des Colonies se scinda en ministère de l’Outre-mer et ministère de la Coopération. Mais les séquelles de la colonisation restent bien présentes, et constituent toujours un obstacle au développement des peuples qui souffrirent de la République coloniale.

M.M.



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  • Une excellente chaîne, Arte a diffusé un reportage sur les "Zoos Humains", hier soir samedi 5.09 ; commentée par Lilian Thuram, ex footballeur champion du monde 1998. Sidérant ! Je conseille à tous ceux, celles qui sont intéressés d’aller sur le site de la Chaîne pour le revoir, c’était émouvant de découvrir tous ces indigènes, comme on disait alors, déracinés, embarqués, exposés comme des bêtes un peu plus loin, en Occident, que ce soit donc dans les zoos, les cirques, les théâtres, les musées, cela été censé représenter le manque de civilisation de ses "sauvages" de nos colonies, comme ; les indiens d’Amazonie venus de Guyane, des pigmés d’Afrique, des kanaks de Nouvelle-Calédonie, des aborigènes d’Australie etc. Cela fait réfléchir et réaliser la bétise de certains, l’exploitation de l’homme par l’homme, le mépris, tout ça pour faire plaisir, gagner de l’argent, du profit pour le prix des larmes, du sang, tout simplement, enfin, on en parle, il faut partager cela, ne pas oublier, Arthur.

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