Edito

Îles malgaches, Mayotte et Chagos : la décolonisation de l’Océan Indien à l’agenda de la COI ?

Manuel Marchal / 25 février 2020

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La France et le Royaume-Uni ont un point commun, ce ne sont pas des pays riverains de l’océan Indien. Il suffit de regarder n’importe quelle carte du monde pour constater que ces France et Royaume-Uni se situent à des milliers de kilomètres de nos côtes. Malgré cela, France et Royaume-Uni sont représentés dans des instances régionales.

Pour la France, il s’agit notamment de la Commission de l’océan Indien, COI. Elle doit sa présence dans cette instance à La Réunion. Force est de constater que la France a progressivement effacé La Réunion de l’organisation, au point que le nom de notre pays ne figure même pas dans le texte de la déclaration finale du dernier sommet des chefs d’État de la COI qui s’était tenu en 2015 à Moroni aux Comores. Tant que le cadre des relations entre La Réunion et la France ne changera pas, un fonctionnaire basé à Paris pourra toujours parler au nom des Réunionnais sans les consulter, allant même jusqu’à souhaiter la bienvenue à La Réunion aux délégations des autres membres de la COI.

Le Royaume-Uni a voix au chapitre dans la Commission thonière de l’océan Indien, une instance sous l’égide de l’ONU, au nom de son occupation des Chagos. Mais l’année dernière, le combat des Chagossiens a permis d’obtenir un avis de la Cour internationale de Justice, confirmé par un vote de l’Assemblée générale de l’ONU qui a fixé au 22 novembre la fin de l’administration britannique aux Chagos. La puissance coloniale a refusé de se soumettre à la loi de la communauté internationale. En conséquence, Maurice prépare une offensive pour faire expulser les Britanniques de la Commission thonnière de l’océan Indien (CTOI) lors de la 24e session de la CTOI, prévue du 8 au 12 juin à Bali, en Indonésie. Voici des précisions de « Express » dans un article paru hier :

« Maurice a « toujours objecté à la présence des Britanniques », lors de ses interventions, soutient une source. Mais la position de la République s’est renforcée, d’une part avec l’avis consultatif favorable de la Cour internationale de justice (CIJ) du 25 février 2019. D’autre part, avec l’adoption de la résolution du 22 mai 2019, aux Nations unies (ONU), fixant un délai de six mois pour que les Britanniques quittent l’archipel des Chagos. Délai qui n’a pas été respecté.
L’offensive pour faire expulser les Britanniques de la CTOI fait partie, selon une source, d’une « stratégie globale » face aux Britanniques qui maintiennent leur souveraineté sur le British Indian Ocean Territory. Plus qu’une objection, Maurice travaille maintenant pour faire inscrire une motion formelle en vue de l’expulsion des Britanniques, à l’agenda de la session de juin.
La CTOI est une organisation intergouvernementale chargée de la gestion des thons et espèces apparentées dans l’océan Indien. Placée sous l’égide de l’agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, elle est donc une instance de l’ONU qui sera appelée à se mettre en conformité avec l’avis consultatif de la CIJ et la résolution adoptée par l’ONU en mai 2019 ».

Gageons que le colonisateur des Chagos puisse ne plus être représenté dans une organisation régionale de l’océan Indien. Cette offensive de Maurice rappelle que la Commission de l’océan Indien n’a jamais posé le problème de l’occupation des Chagos et de l’interdiction faite à au peuple chagossien déporté de venir vivre dans son pays. Est-ce dû à une solidarité de classe entre deux puissances toujours coloniales : le Royaume Uni qui occupe les Chagos, et la France qui administre les îles malgaches du Canal du Mozambique ainsi que Mayotte, partie de l’Union des Comores selon le droit, la communauté internationale et l’État comorien ?
Il est grand temps que les grandes puissances du 19e siècle considèrent que l’époque coloniale est vraiment finie au 21e siècle, et que leur préoccupation devrait être de voir avec les victimes de la colonisation comment réparer ce crime. La présidence française de la COI cette année sera un bon indicateur du niveau de développement des dirigeants de ce pays : sont-ils prêts à abandonner des schémas révolus pour vivre au 21e siècle ?

M.M.