Edito

Investir pour protéger la population, pas pour l’exposer au danger

J.B. / 16 octobre 2018

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Une fois de plus, un des pays les plus riches du monde est impuissant face à un phénomène climatique extrême. Dans le Sud de la France, des pluies diluviennes se sont abattues en pleine nuit faisant monter en quelques heures le niveau de cours d’eau de plusieurs mètres. Au moins 10 personnes ont perdu la vie, tandis que les dégâts matériels sont considérables.

Des records de pluviométrie vieux de plus d’un siècle ont été battus, dans une région où le relief favorise le ruissellement des eaux. L’urbanisation est pointée du doigt, car le béton et le goudron n’absorbent pas l’eau tombée du ciel. Ceci traduit l’inadaptation de l’aménagement à un phénomène pourtant spécifique à cette région, puisqu’appelé « orage cévenol ». Ceci à de quoi interpeller à La Réunion. Car notre île est un terrain propice à l’eau de ruissellement, compte-tenu de l’urbanisation rapide de ces dernières décennies.

La soudaineté du phénomène en pleine nuit a pris de court les autorités. Ces dernières tentent de limiter les dégâts en organisant l’évacuation d’habitants menacés par la venue prochaine de la lame d’eau. Mais pour ceux qui ont été surpris dans leur sommeil plus en amont, il est déjà trop tard.

Le réchauffement climatique risque bien de décaler vers d’autres régions ce phénomène typiquement méditerranéen. En effet, durant l’été dans l’hémisphère Nord, des régions septentrionales de l’Europe durent faire face à des feux de forêt analogues à ceux habituels dans le Sud de ce continent. Force est de constater que les pompiers suédois ne disposaient pas des moyens de lutte contre ces incendies, car c’est un phénomène nouveau. S’il s’avérait que ces « orages cévenols » se décalaient vers le Nord, alors ils trouveraient face à eux une population et des autorités totalement prises au dépourvu. L’aménagement du territoire de ces régions n’a pas été pensé en fonction d’un climat méditerranéen.

Il est donc urgent d’anticiper, ce qui signifie des investissements pour tenir compte du principe de précaution. Sans doute la France prendra-t-elle cette question à bras le corps pour préserver sa population du pire. À La Réunion, certains font encore comme si le changement climatique n’existait pas et imaginent une ville nouvelle au bord de la mer, un nouveau port dans l’Est ou une route en mer soi-disant totalement sécurisée. La priorité doit se tourner vers des investissements protégeant la population, et non pas dans des projets qui augmentent son exposition aux effets du changement climatique.

J.B.