Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
26 mars 2022, par

Elle s’est battue contre la misère, la précarité, l’insalubrité. Elle s’est donnée corps et âme pour la femme réunionnaise. Militante de premier rang, conseillère municipale à Saint-Denis de 1945 à 1958, compagne de lutte de Raymond Vergès, administratrice de la Sécurité sociale de 1952 à 1984, humanitaire à l’âge de 85 ans, elle luttera aussi contre l’apartheid. "Une sorte d’Abbé Pierre au féminin", disait Clélie Gamaleya à son sujet.
Isnelle Baret est née le 14 septembre 1907 à Saint-Leu à La Réunion. Elle est la fille d’Aimée Léopold Baret, et d’Eugénie Gaspard. Isnelle a trois frères et deux sœurs. Isnelle naît dans une famille blanche modeste. Son père, Aimé Leopold Baret, est agent forestier et sa mère, Eugénie Gaspard, n’occupe pas d’emploi rémunéré et élève des animaux. A 18 ans Isnelle Baret est atteinte de tuberculose. Pour ne pas effrayer ses parents, elle décide de se soigner discrètement chaque matin, en utilisant comme remède à son mal, l’essence de géranium, dont elle a entendu vanter les bienfaits. Toute sa famille meurt du paludisme et de la tuberculose alors qu’elle a 25 ans. À 33 ans elle se marie avec Raoul Amelin, un inspecteur de police et militant communiste.
A 27 ans, titulaire du brevet élémentaire, elle obtient un emploi à la Banque de La Réunion de Saint-Pierre. En 1944 elle accède à un poste de responsabilité à la Banque de La Réunion en devenant chef de service du portefeuille à Saint-Denis. Isnelle Amelin fait la connaissance de Raymond Vergès à la banque. Elle est séduite par sa sensibilité et son comportement face à la misère humaine. Le docteur Vergès lui propose de s’engager à ses côtés, dans sa lutte pour sauver les jeunes enfants, et pour améliorer le sort des personnes âgées isolées, les hospices décents sont rarissimes. Isnelle Amelin accepte avec enthousiasme. Elle s’engage sans parti pris auprès de tous ceux qui, quelle que soit leur opinion, défendent la dignité et le respect de la personne humaine. Elle adhère aux comités de solidarité et aux mouvements mondiaux pour la paix.
En 1945 elle s’engage aussi dans la lutte syndicale. Elle occupe les fonctions de secrétaire générale du Syndicat des employés de commerce et de banque jusqu’en 1955. Elle fait adopter la première convention collective des banques et des comités d’entreprise. Isnelle Amelin adhère également au CRADS, Comité Républicain d’Action Démocratique et Social, mouvement fondé par Raymond Vergès. Le CRADS remporte les élections municipales de 1945 dans 14 communes de l’île. Isnelle Amelin figure sur la liste de Raymond Vergès, elle siège, en tant qu’élue au conseil municipal de Saint-Denis de 1945 à 1958. Le 2 janvier 1956, Insnelle Amelin est la troisième sur la Liste d’union pour la défense des ouvriers et des planteurs, liste du Parti Communiste pour les élections législatives, la tête de liste est le fils de Raymond Vergès, Paul Vergès, le second Raymond Mondon. La liste communiste remporte deux des trois sièges à pourvoir. Paul Vergés et Raymond Mondon sont élus députés. Isnelle Amelin est élue au conseil général où elle siège de 1958 à 1964.
Isnelle Amelin devient la première présidente d’une association féminine, section locale de l’Union des Femmes françaises, créée en 1946. En 1958 le mouvement devient l’Union des Femmes de la Réunion, avec pour présidente jusqu’en 1978, Isnelle Amelin. L’UFR a des ramifications dans toutes les communes de l’île. Isnelle Amelin peut mener sa propre action sur le plan local, parallèlement à celle de Raymond Vergès. Au niveau local, elle revendique les mêmes droits pour les Réunionnaises et les Françaises vivant en métropole. Administratrice de la Sécurité Sociale de 1952 à 1984 elle œuvre pour une extension des diverses prestations, elle crée la première crèche de la Sécurité sociale à Saint-Denis, rue Sainte-Marie, en faveur des enfants des employés de maison. En 1987, à 80 ans, elle s’engage dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, en 1992, à 85 ans elle participe à une action humanitaire à Madagascar, apportant elle-même dans la Grande Île les vêtements et les médicaments collectés à la Réunion. Le 8 mars 1992, Isnelle Amelin reçoit la Légion d’honneur pour ses innombrables actions en faveur des autres. Elle meurt deux ans plus tard, le 4 février 1994, à Saint-Denis, à l’âge de 87 ans.
« Tu es l’exemple même de la militante, fidèle à ses convictions, plus soucieuse de son action efficace que de son image de marque. Ton combat c’était ta vie et tu n’as jamais accepté le moindre compromis. Isnelle, tu restes un modèle pour nous toutes, puisses-tu être ce même modèle pour les futures générations afin que le combat des Réunionnaises s’enrichisse encore et encore de femmes authentiques comme toi. » Pour le Bureau UFR, Huguette Bello, Graziella Leveneur, Marianne Assing et Marylène Berne.
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Messages
26 mars 2022, 07:57, par Bényl TAILLEMAN
Jeune employé de la cgss (1971), je la voyais passer pour aller au conseil d’administration, sa personnalité m’intimidait. Je n’osais pas lui adresser la parole pour lui dire que j’étais COMMUNISTE et que j’avais beaucoup d’admiration pour elle. Plus tard à la section de St Denis, j’ai pu l’approcher et constater que c’était une personne exceptionnelle... Souvent, je la ramenais chez elle à "la Montagne"...
Merci pour tout Isnelle.
Bényl TAILLEMAN
Militant Communiste de Toujours
Non-croyant, Hébertiste et Stalinien
27 mars 2022, 20:17, par J.Christophe
Bel Article ! Comme il était important de rappeler la mémoire de cette grande dame. Merci, David de nous parler d’un temps où le féminisme ne consistait pas seulement à se gargariser de quelques poncifs sur les réseaux sociaux, à utiliser la cause à des fins de propagande ou pour se construire une carrière politique. L’action précédait la communication !