Jawaharlal Nehru, le second père de l’indépendance de l’Inde

11 décembre 2021, par David Gauvin

Jawaharlal Nehru, né le 14 novembre 1889 et mort le 27 mai 1964, fut l’une des figures de proue de la lutte pour l’indépendance de l’Inde et du Parti du Congrès avant de devenir le 1er premier ministre de l’Inde le 15 août 1947. Il est le père d’Indira Gandhi.

Sa liberté, l’Inde la doit à deux hommes, aussi proches que dissemblables, Gandhi (1869-1948) et Nehru (1889-1964). Deux hindous, brahmanes de haute caste, ayant reçu une excellente éducation à l’anglaise, deux avocats se lançant dans la politique, dans les rangs du Parti du Congrès, dont ils prirent la tête. Chacun à sa façon, avec son style, le charismatique Mahatma (« grande âme », l’expression est du poète ­Rabindranath Tagore, compagnon de route de Gandhi) et le Pandit, l’aristocrate dandy avec son petit calot blanc, consacrèrent leur vie à l’indépendance de leur pays, au prix de brimades et d’années de prison (3 262 jours, soit près de dix ans pour Nehru, entre 1921 et 1942). À eux deux, le second disciple du premier, même s’il ne partageait pas ses convictions religieuses (Gandhi était un mystique, Nehru se revendiquait athée, chose rarissime en Inde), ils réussirent cette prouesse : faire passer leur pays directement du statut de colonie au sein du raj britannique à celui d’État souverain, le 15 août 1947. Et, de surcroît, sans avoir recours à la force.

Jawaharlal Nehru est issu d’une famille de brahmanes hindous originaires du Cachemire. Fils de Motilal Nehru, un membre important du parti du Congrès, Nehru reçoit une éducation occidentale et étudie en Angleterre, au collège de Harrow et à l’université de Cambridge. Là, il est influencé par le courant issu de la Fabian Society : un club politique centre-gauche créé en 1884 et de mouvance socialiste et réformatrice. Avocat en 1912, il s’inscrit dès son retour en Inde au parti du Congrès et participe à la lutte pour l’indépendance. En 1916, il rencontre Gandhi et devient l’un de ses collaborateurs les plus proches. De profonds désaccords séparent les deux hommes : Gandhi reste traditionaliste et souhaite l’autonomie du peuple indien, Nehru, moderniste et athée, rêve de réformes profondes et de l’inscription de l’Inde dans le concert des nations. D’où son désir d’industrialisation et son choix du socialisme. Devenu secrétaire général du Parti du Congrès, Nehru donne au mouvement une audience internationale. Plusieurs fois emprisonné par les Britanniques, il passe dix années en prison entre 1920 et 1945. Il soutient néanmoins l’effort de guerre allié durant la Seconde Guerre mondiale, en échange de la promesse de l’indépendance du pays à la fin du conflit.

Chef du gouvernement intérimaire chargé de préparer l’indépendance en 1946, il ne peut empêcher le conflit avec le futur Pakistan en 1947. Il devient Premier Ministre à partir d’août 1947, et après l’assassinat de Gandhi en 1948, il est le chef incontesté du nationalisme indien. S’il assure à l’Union indienne une stabilité politique remarquable, il échoue cependant dans ses efforts contre la misère et le sous-développement. Adversaire farouche du colonialisme, il fut, avec Nasser et Tito, à l’origine du mouvement des non-alignés avec la conférence de Bandung en 1955. Il sera aussi l’initiateur du programme nucléaire indien avec le soutien des États-Unis et du Canada. Nehru portait une grande admiration au système du plan quinquennal de l’Union soviétique et tenta d’implémenter en Inde une organisation semblable. Son désir était d’apporter à son pays les bienfaits conjugués du socialisme et du capitalisme en y créant un socialisme démocratique.

Nehru gouverna son pays jusqu’à sa mort, en 1964, en tentant de le garder de tous les extrêmes, religieux, idéologiques et politiques. Ce qui lui valut, sans doute, d’être le seul dirigeant indien d’envergure à mourir dans son lit ! Nehru était un pragmatique. Il avait un charme certain, auquel furent sensibles aussi bien ses interlocuteurs politiques que les femmes : on connaît désormais sa love affair avec lady Edwina, épouse de lord Mountbatten of Burma, dernier vice-roi des Indes, étonnante relation de tendre amitié qui se poursuivit jusqu’à la mort d’Edwina, en 1960.
Propulsé dans l’urgence à la tête du tout nouveau pays, confronté à des problèmes d’une taille incommensurable, il va gouverner en se fondant sur quatre piliers, explique Shashi ­Tharoor : « La construction d’institutions démocratiques, un sécularisme panindien rigoureux, une économie socialiste et une politique étrangère de non-alignement . » Devant faire face à la corruption et aux calculs politique du parti du congrès, il envisage de démissionner mais continue finalement et est réélu en 1957. L’élection de sa fille à la tête du parti en 1959 renforce les accusations de népotisme. Sa politique étrangère jugée trop timorée, notamment face à la Chine en 1962, le mine et sa santé se dégrade par la suite. Il est victime d’une crise cardiaque en mai 1964 puis meurt le 27 mai 1964.

“C’est la coutume de toute nation agressive que de déclarer qu’elle agit pour se défendre.” De Jawaharlal Nehru.

Nou artrouv’

David Gauvin

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